Scandale du périscolaire à Paris : Anne Hidalgo visée par 3 plaintes pour « non-assistance à personne en danger »

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Trois familles d’enfants victimes présumées d’agressions sexuelles dans le périscolaire parisien ont déposé fin août trois plaintes contre Anne Hidalgo et Patrick Bloche pour « non-assistance à personne en danger ». Les plaignants estiment que l’ancienne maire de Paris et son ancien premier adjoint avaient connaissance de risques graves pour les enfants. Deux animateurs de l’école Saint-Dominique ont par ailleurs été mis en examen et placés en détention provisoire dans une enquête distincte portant sur des faits à caractère sexuel.

Le scandale du périscolaire à Paris connaît un nouveau développement judiciaire. Après les plaintes concernant directement des violences et agressions sexuelles présumées commises sur des enfants, trois familles mettent désormais personnellement en cause Anne Hidalgo, ancienne maire socialiste de Paris, et Patrick Bloche, son ancien premier adjoint et ancien adjoint chargé des affaires scolaires.

Selon leur avocate, Me Lise-Honorine Bornes, trois plaintes pour « non-assistance à personne en danger » ont été déposées fin août contre les deux anciens responsables de l’exécutif parisien.

« C’est la responsabilité pénale individuelle de Mme Hidalgo et de M. Bloche qui est engagée. Ils avaient pleinement conscience de la gravité de la situation », a déclaré l’avocate.

Contacté, l’avocat d’Anne Hidalgo, Me Patrick Klugman, n’a pas souhaité réagir. À ce stade, le dépôt d’une plainte ne préjuge ni de l’ouverture de poursuites contre les personnes visées ni de leur culpabilité.

Pourquoi Anne Hidalgo et Patrick Bloche sont-ils visés par des plaintes ?

Les trois familles concernées avaient déjà déposé, entre mars et mai, des plaintes concernant des faits présumés d’agression sexuelle, de violence, de non-assistance à personne en danger et, dans l’un des dossiers, de viol commis sur leurs enfants pendant le temps périscolaire à l’école Saint-Dominique, dans le 7e arrondissement de Paris.

Les nouvelles plaintes cherchent cette fois à établir une éventuelle responsabilité personnelle d’Anne Hidalgo et Patrick Bloche.

Selon Me Bornes, les documents déposés sont « documentés » et reposeraient sur des éléments destinés à démontrer que les deux responsables politiques avaient connaissance d’un « péril grave et imminent » auquel des enfants auraient été exposés.

Les plaintes concernent des faits dénoncés sur plusieurs périodes, comprises entre septembre 2022 et janvier 2026 selon les enfants concernés.

Deux animateurs mis en examen dans l’affaire de l’école Saint-Dominique

Parallèlement aux plaintes visant les anciens responsables municipaux, l’enquête sur les faits présumés commis à l’école Saint-Dominique se poursuit.

Le 23 mai, deux animateurs ont été mis en examen pour des faits à caractère sexuel et placés en détention provisoire, selon le parquet.

Une information judiciaire porte sur des faits qui auraient été commis au préjudice d’une vingtaine d’enfants.

Cette procédure concernant les animateurs doit être distinguée des nouvelles plaintes déposées contre Anne Hidalgo et Patrick Bloche, qui portent sur la question de savoir si les responsables municipaux auraient dû intervenir face aux informations dont ils auraient disposé.

Des alertes sur le périscolaire parisien dès 2015

Pour étayer leur argumentation, les plaignants retracent plusieurs alertes adressées au fil des années à la Ville de Paris et à ses responsables.

Selon les plaintes, Anne Hidalgo avait été interpellée au Conseil de Paris le 14 avril 2015 par Jean-Pierre Lecoq, alors maire LR du 6e arrondissement. Celui-ci avait déclaré que « des enfants sont abusés sexuellement par des animateurs lors des activités périscolaires ».

Dix ans plus tard, le 20 novembre 2025, Inès de Raguenel, élue LR du 15e arrondissement, avait à son tour alerté sur l’augmentation des signalements.

Les plaintes soutiennent qu’Anne Hidalgo n’aurait pas apporté de réponse satisfaisante à ces alertes et lui reprochent également de ne pas avoir reçu certaines familles.

Concernant Patrick Bloche, le collectif SOS Périscolaire lui avait adressé dès décembre 2021 un courriel l’interpellant sur des faits de maltraitance. Il était alors adjoint à la maire chargé notamment des affaires scolaires.

Ce que Patrick Bloche avait reconnu dans « Cash Investigation »

Le sujet avait pris une ampleur nationale après une enquête de « Cash Investigation » sur France 2, diffusée en janvier 2026 et comprenant notamment des images tournées en caméra cachée.

Patrick Bloche y avait reconnu l’existence de « plusieurs dysfonctionnements » et de « mauvaises habitudes », notamment concernant le déplacement d’une école à une autre d’animateurs suspectés de violences.

Les nouvelles plaintes vont plus loin. Elles accusent Anne Hidalgo et Patrick Bloche d’avoir « délibérément » organisé une « véritable omerta ».

Il s’agit à ce stade des accusations formulées par les plaignants. Le parquet, interrogé par l’AFP, n’a pas souhaité communiquer sur ces nouvelles plaintes.

Anne Hidalgo avait reconnu une responsabilité administrative

En février 2026, alors que le scandale du périscolaire parisien était devenu un sujet politique majeur, Anne Hidalgo avait reconnu sur France Inter une part de responsabilité liée à sa position à la tête de l’administration parisienne.

Elle avait cependant fermement contesté l’idée d’une absence d’action de la municipalité depuis les premières alertes.

« Je ne peux pas laisser dire que nous serions restés depuis 2015 sans rien faire », avait-elle déclaré, affirmant qu’un certain nombre de personnes avaient été écartées ou licenciées, notamment à différents niveaux hiérarchiques lorsque des signalements n’avaient pas été effectués.

En décembre 2025, Anne Hidalgo avait également nommé Dominique Versini Défenseure des enfants de la Ville de Paris.

132 animateurs suspendus à Paris depuis début 2026

L’ampleur de la crise a conduit la municipalité parisienne à renforcer les mesures concernant l’encadrement périscolaire.

Depuis le début de l’année 2026, 132 animateurs ont été suspendus à Paris, dont 52 en raison de suspicions de violences sexuelles ou sexistes, selon les chiffres communiqués.

Le nouveau maire de Paris, Emmanuel Grégoire, a engagé un plan d’action de 20 millions d’euros pour le périscolaire et mis fin à la fonction de Défenseure des enfants de la Ville créée quelques mois auparavant.

En juin, une vingtaine d’élus de droite et du centre, parmi lesquels Rachida Dati, ainsi que le groupe coprésidé par Sophia Chikirou (LFI), avaient également effectué un signalement auprès de la procureure de Paris, Laure Beccuau, concernant la responsabilité pénale de la Ville.

Que reprochent précisément les familles à Anne Hidalgo ?

Au centre des trois nouvelles plaintes se trouve donc une question différente de celle de la responsabilité pénale des auteurs présumés des violences : les responsables politiques avaient-ils connaissance d’un danger suffisamment grave et précis pour être juridiquement tenus d’agir autrement ?

Les familles et leur avocate l’affirment. Elles invoquent les différentes alertes adressées à la Ville et estiment que les mesures prises n’ont pas permis de protéger suffisamment les enfants.

La qualification de non-assistance à personne en danger devra cependant être appréciée par la justice. Les autorités judiciaires devront notamment déterminer la nature exacte des informations dont disposaient individuellement Anne Hidalgo et Patrick Bloche, à quel moment ils en avaient connaissance, les mesures qui ont été prises et si les conditions légales permettant d’engager leur responsabilité pénale personnelle sont réunies.

Les nouvelles plaintes ouvrent ainsi un nouveau volet potentiel du scandale du périscolaire parisien, qui dépasse désormais la seule question des faits reprochés à certains animateurs pour interroger le fonctionnement des procédures de signalement, de contrôle et de protection des enfants au sein de la Ville de Paris.

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