Interdiction d’étudier, de travailler, de circuler librement, de pratiquer un sport, accès limité à la justice, violences conjugales quasiment dépénalisées, mariages précoces… En Afghanistan les femmess subissent l’une des politiques de discrimination et d’effacement des femmes les plus radicales au monde.
Le 15 août 2026 marque cinq ans depuis le retour des talibans au pouvoir en Afghanistan. En seulement quelques années, les droits fondamentaux des femmes ont été méthodiquement démantelés. Les autorités de facto ont adopté plus de 100 décrets supprimant progressivement leurs libertés et institutionnalisant une discrimination systématique contre les femmes et les filles.
L’Afghanistan est devenu le pire pays pour les femmes. Chaque aspect de leur existence est désormais contrôlé : éducation, travail, déplacements, tenue, parole, accès aux soins…
Une liste d’interdictions qui ne cesse de s’allonger
Depuis 2021, les Afghanes ont progressivement disparu de l’espace public.
Les filles sont exclues des collèges, des lycées et des universités. Les femmes ont été écartées de nombreux emplois, notamment dans les administrations, les ONG et plusieurs secteurs économiques. Elles ne peuvent plus accéder librement à de nombreux lieux publics, notamment les parcs, les salles de sport et d’autres espaces de loisirs. Leurs déplacements sont soumis à des restrictions croissantes et beaucoup n’osent plus sortir sans être accompagnées d’un homme de leur famille.
Des milliers d’agents chargés de faire respecter les décrets patrouillent désormais dans les rues avec des pouvoirs élargis de surveillance et de détention.
Les chiffres traduisent cette disparition progressive de l’espace public : plus d’une femme sur deux ne quitte désormais son domicile qu’une ou deux fois par mois, près des trois quarts ne se sentent pas en sécurité sans tuteur masculin et plus de la moitié évitent même les marchés ou les établissements de santé.
Face à cette politique d’effacement des femmes, la justice internationale a franchi une étape historique. En juillet 2025, la Cour pénale internationale a délivré des mandats d’arrêt contre le chef suprême des talibans, Hibatullah Akhundzada, et le président de leur Cour suprême, Abdul Hakim Haqqani, pour crime contre l’humanité de persécution fondée sur le genre. Une qualification exceptionnelle qui souligne que les restrictions imposées aux Afghanes ne relèvent plus seulement de discriminations ou de violations des droits humains, mais d’une politique systématique d’oppression susceptible d’engager la responsabilité pénale de ses dirigeants.
Les violences contre les femmes de moins en moins protégées par la loi
L’effacement des femmes s’accompagne également d’un recul spectaculaire de leur protection juridique.
Le décret n°12 limite la responsabilité pénale d’un mari violent aux seuls cas de blessures physiques graves et visibles. Pour obtenir justice, une femme doit en apporter la preuve devant un tribunal avec l’assistance d’un tuteur masculin, qui peut être… son propre agresseur.
Le décret n°18 maintient le droit des hommes à divorcer tandis qu’une femme doit obtenir l’accord de son époux ou engager une procédure judiciaire longue et complexe. Selon ONU Femmes, ce texte favorise également les mariages précoces et forcés, déjà en forte augmentation depuis le retour des talibans.
Cette régression juridique prive les Afghanes de recours effectifs contre les violences et renforce leur dépendance économique et familiale.
Une société qui enferme les femmes jusque dans leur esprit
L’isolement, la peur permanente et l’absence de perspectives ont provoqué une véritable crise de santé mentale avec une hausse dramatique des suicides.
Sept femmes sur dix décrivent aujourd’hui leur état psychologique comme mauvais ou très mauvais. Derrière ce chiffre se cache une réalité faite d’enfermement, d’angoisse quotidienne, de pauvreté croissante et de perte totale d’autonomie.
Les témoignages recueillis par la journaliste afghane Zahra Joya illustrent cette réalité. Les femmes lui racontent vivre « enfermées entre quatre murs », tandis qu’une étudiante de 23 ans confie se sentir « condamnée à vivre dans une tombe » après cinq années de restrictions.
Le monde détourne le regard…
Alors que les besoins explosent, les financements internationaux diminuent. La moitié des organisations de femmes pourraient cesser leurs activités faute de ressources, alors même qu’elles constituent souvent le dernier refuge pour les victimes de violences, les femmes privées de soins ou celles qui cherchent simplement à survivre.
Cinq ans après la chute de Kaboul, l’Afghanistan est devenu le symbole de l’effacement institutionnalisé des femmes. Privées d’éducation, de travail, de liberté de circulation, de protection contre les violences, d’accès à la justice et progressivement de toute visibilité dans la société, les Afghanes vivent sous un régime que de nombreuses organisations internationales qualifient d’ « apartheid de genre » : une persécution fondée sur le sexe. Derrière chaque décret se dessine une même logique : faire disparaître les femmes de la vie publique jusqu’à leur retirer la possibilité d’exister en tant qu’individu.
