Afghanistan : pourquoi les femmes meurent de plus en plus en accouchant depuis les restrictions des talibans et les coupes de l’aide américaine ?

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La fermeture des maternités, l’interdiction de former des sages-femmes et les coupes budgétaires internationales plongent l’Afghanistan dans une catastrophe sanitaire sans précédent. Pour des millions de femmes, donner naissance est redevenu un risque mortel.

Pendant près de vingt ans, malgré les conflits, l’Afghanistan avait enregistré des progrès significatifs dans la réduction de la mortalité maternelle. Aujourd’hui, ces avancées disparaissent à une vitesse alarmante. Sous l’effet combiné des restrictions imposées par les talibans aux femmes et des importantes réductions de l’aide internationale américaine, notamment via l’USAID, le système de santé maternelle afghan est en train de s’effondrer. Les maternités ferment, les sages-femmes disparaissent, les femmes enceintes parcourent parfois plusieurs heures avant de trouver un établissement encore ouvert… lorsqu’elles y parviennent. (openDemocracy)

Un pays où la grossesse redevient une condamnation

L’Afghanistan figurait déjà parmi les pays présentant les taux de mortalité maternelle les plus élevés au monde. Malgré les investissements internationaux engagés après 2001, les infrastructures demeuraient extrêmement fragiles.

Depuis le retour des talibans au pouvoir en août 2021, la situation s’est progressivement dégradée. Les restrictions imposées aux femmes ont profondément affecté leur accès aux soins, tandis que les organisations humanitaires ont dû composer avec des contraintes administratives et sécuritaires toujours plus importantes.

L’année 2025 marque toutefois un véritable point de rupture. Les importantes coupes décidées dans les financements américains destinés à l’aide internationale ont provoqué la fermeture de centaines de centres de santé, laissant plusieurs millions d’Afghans sans accès aux soins primaires. (Le Monde.fr)

Les maternités ferment les unes après les autres

Dans de nombreuses provinces rurales, les maternités constituaient parfois le seul établissement médical accessible.

Aujourd’hui, ces centres ferment faute de financement. Les salaires des soignants ne sont plus versés, les médicaments viennent à manquer et les équipements les plus élémentaires disparaissent.

Les personnels médicaux confrontés quotidiennement à des décès évitables : des femmes arrivent après plusieurs heures de trajet dans un état critique, victimes d’hémorragies, d’éclampsie ou de complications obstétricales qui auraient pu être prises en charge quelques années plus tôt. (openDemocracy)

Les conséquences touchent également les nouveau-nés, dont les chances de survie diminuent fortement lorsque les accouchements ne peuvent plus être médicalisés.

Les sages-femmes disparaissent au moment où elles sont le plus nécessaires

Le paradoxe est cruel.

En Afghanistan, les femmes ne peuvent souvent être examinées que par des professionnelles de santé féminines. Or ce sont précisément ces professionnelles qui disparaissent progressivement.

Les difficultés économiques poussent de nombreuses sages-femmes à abandonner leur métier. D’autres voient leur centre fermer. Certaines quittent définitivement la profession.

Cette pénurie intervient alors même que les besoins explosent dans un pays où les naissances demeurent nombreuses et où les infrastructures hospitalières restent extrêmement limitées.

Les talibans ferment aussi la porte aux futures soignantes

La crise actuelle ne concerne pas uniquement les établissements existants.

En décembre 2024, les autorités talibanes ont interdit aux femmes de suivre des formations en soins infirmiers et en maïeutique, compromettant le renouvellement des générations de sages-femmes et d’infirmières. Plusieurs agences des Nations unies ainsi que de nombreuses ONG ont averti qu’une telle décision aurait des conséquences dramatiques pour la santé des Afghanes. (Wikipédia)

Dans un pays où les femmes ne peuvent souvent consulter un médecin homme qu’avec de fortes restrictions sociales, empêcher la formation de nouvelles professionnelles revient à priver progressivement des millions de patientes de tout accès aux soins.

Les coupes de l’USAID aggravent une catastrophe déjà annoncée

L’autre accélérateur de cette crise est financier.

Les États-Unis demeuraient, malgré leur retrait militaire, le principal contributeur humanitaire en Afghanistan. Les réductions massives des financements de l’USAID décidées en 2025 ont provoqué la suspension de nombreux programmes sanitaires essentiels.

Selon plusieurs organisations internationales, plus de 420 établissements de santé ont cessé leurs activités, affectant plus de trois millions de personnes. Les programmes de nutrition, de santé maternelle et de vaccination sont également touchés. (The Washington Post)

L’UNFPA estime que ces réductions pourraient entraîner environ 1 200 décès maternels supplémentaires et plus de 109 000 grossesses non désirées en Afghanistan au cours des prochaines années si les financements ne sont pas rétablis. (Wikipédia)

Quand la politique internationale se traduit par des décès évitables

Pour les médecins interrogés, la crise n’est plus théorique. Chaque fermeture de clinique signifie davantage de femmes contraintes d’accoucher chez elles sans assistance qualifiée. Chaque suppression de financement signifie des médicaments qui n’arrivent plus. Chaque sage-femme qui quitte son poste laisse parfois plusieurs villages sans aucun personnel obstétrical.

Le résultat est visible dans les salles d’urgence : davantage d’hémorragies non traitées, davantage de césariennes impossibles, davantage de décès maternels et néonataux pourtant évitables. (openDemocracy)

Les femmes paient le prix de décrets des islamistes

La catastrophe sanitaire actuelle est l’illustration d’un phénomène plus large. Les Afghanes subissent simultanément plusieurs formes de persécutionpar les Talibans: restrictions imposées par le régime taliban, pauvreté croissante, isolement géographique, disparition progressive des structures de santé et réduction des financements internationaux.

Alors même que leurs libertés sont déjà parmi les plus restreintes au monde, leur droit fondamental à des soins obstétricaux sûrs disparaît à son tour.La santé maternelle constitue l’un des indicateurs les plus révélateurs de l’état d’une société. Lorsqu’une femme ne peut plus accoucher en sécurité, c’est l’ensemble du système de protection sociale qui s’effondre.

En Afghanistan, les organisations humanitaires alertent désormais sur une crise qui dépasse largement le seul secteur médical. Elle illustre le coût humain des décisions politiques nationales comme internationales, lorsque les droits des femmes deviennent secondaires face aux impératifs idéologiques ou budgétaires.

Pour des milliers d’Afghanes, la grossesse est redevenue un risque vital. Et derrière chaque fermeture de maternité, chaque programme interrompu ou chaque sage-femme contrainte d’abandonner son métier, ce sont des vies qui auraient pu être sauvées qui disparaissent dans le silence. (openDemocracy)

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