Dark web : près de 300 000 fichiers pédocriminels découverts chez l’administrateur présumé d’un forum

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Un Suisse de 55 ans a été mis en examen et placé en détention provisoire après la découverte de près de 300 000 fichiers pédocriminels sur son matériel informatique, près de Mulhouse. Il est soupçonné d’avoir administré sur le dark web un forum fréquenté par plusieurs centaines d’utilisateurs et financé notamment par des dons en cryptomonnaies. Une affaire qui illustre l’ampleur prise par la cyberpédocriminalité et les difficultés auxquelles sont confrontés les enquêteurs.

Près de 300 000 fichiers découverts près de Mulhouse

L’enquête débute à la fin du mois de septembre 2026. Des cybergendarmes repèrent alors un profil impliqué depuis plusieurs mois dans le téléchargement d’une quantité particulièrement importante de contenus pédocriminels.

Les investigations de l’antenne de l’Unité nationale cyber (UNC) de la section de recherches de Metz permettent d’identifier et de localiser un homme de 55 ans, de nationalité suisse, installé dans la région de Mulhouse, dans le Haut-Rhin.

Il est interpellé le 30 septembre et placé en garde à vue. Lors des investigations, près de 300 000 fichiers à caractère pédocriminel sont saisis sur son matériel informatique, selon le parquet de Mulhouse.

Un forum pédocriminel administré sur le dark web

Les enquêteurs soupçonnent surtout le quinquagénaire d’avoir joué un rôle allant bien au-delà de la seule détention de contenus.

Selon le parquet, il hébergeait et administrait un forum consacré à l’échange de contenus pédocriminels sur le dark web. La plateforme aurait rassemblé plusieurs centaines d’utilisateurs. Un système de dons en cryptomonnaies aurait également été mis en place afin de tirer profit de cette activité.

Le dark web désigne une partie d’Internet qui n’est pas indexée par les moteurs de recherche traditionnels et dont l’accès passe notamment par des réseaux permettant de renforcer l’anonymat des utilisateurs. Ces caractéristiques peuvent être détournées par des réseaux criminels pour organiser des échanges illicites et compliquer l’identification de leurs membres.

L’Office anti-cybercriminalité (OFAC) indique d’ailleurs que le démantèlement de plateformes du dark web ou du web classique facilitant des activités illicites fait partie de ses missions.

Le suspect placé en détention provisoire

Une information judiciaire ire a été ouverte pour de nombreuses infractions, notamment la détention, l’acquisition, la diffusion, la transmission et la mise à disposition d’images pédocriminelles, mais également la fourniture d’une plateforme en ligne permettant une transaction illicite en bande organisée.

Les investigations portent aussi sur des faits de consultation habituelle d’un service mettant à disposition de tels contenus, de recours à la prostitution de mineur et de blanchiment.

L’homme, qui n’avait pas d’antécédents judiciaires connus, a été mis en examen puis placé en détention provisoire conformément aux réquisitions du parquet.

Cyberpédocriminalité : 180 000 signalements reçus en France en 2025

Cette affaire intervient dans un contexte de mobilisation croissante contre la pédocriminalité numérique.

Créé en 2023, l’Office mineurs (OFMIN) est notamment chargé de lutter contre l’exploitation sexuelle des enfants en ligne : production, détention et diffusion de contenus pédocriminels, grooming à des fins sexuelles, sextorsion, corruption de mineurs ou encore diffusion d’abus sexuels en direct. Ses enquêteurs travaillent également avec des services étrangers dans le cadre de la coopération internationale.

L’ampleur des flux à analyser est considérable. Selon des données citées à l’Assemblée nationale, l’OFMIN a reçu environ 180 000 signalements en 2025, soit près de 500 par jour. En 2024, l’office avait réceptionné 164 516 signalements. Cette même année, quelque 25 000 adresses IP avaient été signalées comme ayant échangé des contenus pédocriminels.

Toujours en 2024, PHAROS avait traité 25 759 signalements concernant des contenus pédocriminels et plus de 80 000 demandes de retrait avaient été transmises. 592 sites avaient fait l’objet d’une mesure de blocage.

Des réseaux qui dépassent largement le dark web

La cyberpédocriminalité ne se limite toutefois pas au dark web. Les enquêteurs surveillent également les réseaux sociaux, les plateformes classiques, les messageries et les systèmes d’échange de fichiers en peer-to-peer.

En juin 2026, une opération coordonnée par l’OFMIN avait ainsi conduit à l’interpellation d’une trentaine de personnes à travers la France soupçonnées d’échanger des contenus pédocriminels. Elles avaient notamment été identifiées grâce à la surveillance de réseaux peer-to-peer. Les autorités disposent aujourd’hui de bases recensant environ 100 millions de contenus afin de comparer les fichiers saisis, retrouver ceux déjà connus et tenter d’identifier de nouvelles victimes ou de nouveaux producteurs.

Le phénomène est donc à la fois numérique et criminel : derrière chaque fichier représentant un abus réel se trouve un enfant victime. La conservation et la rediffusion de ces images prolongent cette violence bien après les faits.

Les cryptomonnaies, nouvel enjeu des enquêtes

L’affaire de Mulhouse met également en évidence la dimension financière de certains réseaux. Le recours présumé aux dons en cryptomonnaies montre comment des outils conçus pour permettre des transactions numériques peuvent aussi être détournés pour financer des activités criminelles.

Les flux financiers constituent désormais une piste d’enquête à part entière. En 2025, Tracfin a transmis 53 notes aux parquets concernant des faits liés à l’achat ou à la consommation de contenus pédocriminels, en coopération avec l’OFMIN.

L’enjeu n’est donc plus seulement de supprimer des images ou de fermer un forum. Il s’agit d’identifier les administrateurs, les producteurs et les diffuseurs, de suivre les circuits financiers, mais surtout de retrouver les enfants victimes et d’empêcher de nouvelles violences.

L’enquête ouverte après la découverte des quelque 300 000 fichiers près de Mulhouse devra désormais déterminer l’étendue exacte du réseau, identifier ses utilisateurs et établir l’origine des contenus qui y circulaient.

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