Masculinisme : le Sénat alerte sur un « poison » qui infiltre la société et menace les droits des femmes

AccueilNewsMasculinisme : le Sénat alerte sur un « poison » qui infiltre...

Le premier rapport du Sénat consacré au masculinisme décrit une idéologie en pleine diffusion sur les réseaux sociaux, alimentée par les algorithmes et susceptible de conduire certains jeunes hommes à la radicalisation. Les conclusions rejoignent celles du Haut Conseil à l’Égalité (HCE), qui évoque en 2026 une véritable « menace masculiniste » pour la démocratie, l’égalité et la sécurité publique.

Le masculinisme n’est plus considéré comme un phénomène marginal cantonné à quelques forums confidentiels. Dans un rapport présenté par la Délégation aux droits des femmes du Sénat, les parlementaires alertent sur une idéologie qui s’installe progressivement dans l’espace numérique, influence une partie de la jeunesse et remet en cause le principe même de l’égalité entre les femmes et les hommes.

Pour les sénatrices Laurence Rossignol, Béatrice Gosselin et Olivia Richard, il s’agit d’un « poison qui infiltre la société », porteur d’une « misogynie violente et décomplexée » et représentant « un risque réel pour notre démocratie et notre cohésion sociale ».

Le Sénat décrit une offensive contre les droits des femmes

Le rapport constitue la première analyse parlementaire française entièrement consacrée au masculinisme.

Les rapporteures rappellent que cette idéologie s’est développée en réaction aux avancées du féminisme. Elle repose sur la conviction que les hommes seraient désormais victimes des progrès réalisés en matière d’égalité et que les femmes seraient responsables de la dégradation de leur situation sociale.

Pour Laurence Rossignol, « le masculinisme est une offensive majeure contre les droits des femmes qui se déploie par des moyens de communication inédits ».

Le rapport souligne que ces mouvements « s’attaquent au principe d’égalité » entre les femmes et les hommes tout en développant une rhétorique de victimisation masculine.

Olivia Richard s’appuie notamment sur les travaux des chercheurs Christine Bard et Francis Dupuis-Déri pour expliquer que ce « discours victimaire » permet de « désigner un ennemi commun afin d’assurer la cohésion du groupe dominant ».

Le masculinisme « avance masqué » sur les réseaux sociaux

Selon la sénatrice Béatrice Gosselin, le principal changement observé ces dernières années est que « le masculinisme avance masqué ».

Les discours ouvertement misogynes ne constituent plus nécessairement le premier point de contact.

Les contenus sont désormais diffusés sous la forme de vidéos consacrées au développement personnel, à la réussite professionnelle, au sport, à la musculation, à la nutrition ou encore aux relations amoureuses.

Le rapport explique que les communautés masculinistes ne se limitent plus aux seuls « incels » – les « célibataires involontaires » qui tiennent les femmes pour responsables de leur célibat – mais qu’elles se sont transformées en « un écosystème plus large et plus diffus », intégré à « la culture Internet ordinaire ».

TikTok, YouTube Shorts et les algorithmes au cœur de la diffusion

Les plateformes numériques occupent une place centrale dans cette propagation.

Le Sénat les décrit comme la « principale caisse de résonance » du masculinisme.

Le rapport explique que les algorithmes favorisent les contenus suscitant de fortes réactions émotionnelles et conduisent progressivement les utilisateurs vers des vidéos de plus en plus radicales.

Une étude de l’Université de Dublin, citée par les sénatrices, montre qu’un jeune homme utilisant TikTok ou YouTube Shorts peut recevoir des recommandations de contenus masculinistes après seulement 23 minutes de navigation.

Les rapporteures considèrent que cette mécanique algorithmique contribue à banaliser progressivement des discours misogynes auprès d’un public parfois très jeune.

Une « imprégnation culturelle à bas bruit »

L’un des concepts centraux du rapport est celui d’« imprégnation culturelle à bas bruit ».

Selon les sénatrices, l’exposition répétée à ces contenus transforme progressivement la manière dont certains adolescents ou jeunes adultes perçoivent les relations entre les femmes et les hommes.

Le rapport estime que « l’accumulation de contenus, de références et de représentations masculinistes modifie progressivement les perceptions des rapports entre les femmes et les hommes ».

Cette évolution est d’autant plus préoccupante que les discours masculinistes prétendent souvent répondre au mal-être, aux difficultés affectives ou au sentiment d’isolement que peuvent ressentir certains jeunes hommes.

Le Sénat estime que cette stratégie constitue l’une des principales portes d’entrée vers des formes plus radicales de misogynie.

Un risque de radicalisation pouvant conduire à la violence

Les rapporteures établissent également un lien entre la diffusion du masculinisme et certaines trajectoires de radicalisation.

Le rapport évoque un « risque de radicalisation pouvant mener à la violence ».

Les services français de renseignement suivent actuellement plusieurs jeunes individus susceptibles de basculer dans une radicalisation masculiniste violente.

Cette inquiétude a été renforcée après la mise en examen, en 2025, d’un lycéen de 18 ans soupçonné d’avoir préparé une attaque au couteau visant des femmes et se revendiquant du mouvement des « incels », une première en France dans un dossier traité sous l’angle antiterroriste.

Le HCE évoque une « menace masculiniste »

Les conclusions du Sénat rejoignent celles publiées quelques mois plus tôt par le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE).

Dans son Rapport annuel 2026 sur l’état des lieux du sexisme en France, intitulé « La menace masculiniste », le HCE estime que le phénomène dépasse désormais largement les sphères militantes ou numériques.

Selon cette étude, 17 % des Français de 15 ans et plus, soit près de 10 millions de personnes, adhèrent aujourd’hui à des formes de sexisme hostile.

Le rapport montre également que 39 % des hommes considèrent que le féminisme menace leur place dans la société, signe de la diffusion d’une partie des récits portés par les mouvements masculinistes.

Le HCE souligne enfin que le cybersexisme constitue aujourd’hui la première forme de haine en ligne, touchant majoritairement les femmes.

En début d’année, l’institution avait déjà recommandé de reconnaître le masculinisme comme un enjeu de sécurité publique et d’intégrer le terrorisme misogyne dans les doctrines françaises de prévention de la radicalisation.

24 recommandations pour lutter contre le masculinisme

Face à cette progression, le Sénat formule vingt-quatre recommandations.

Les sénatrices appellent notamment à construire une stratégie interministérielle mobilisant l’Éducation nationale, la Justice, le numérique, la santé et les forces de sécurité.

Elles souhaitent renforcer l’éducation aux médias, garantir la mise en œuvre effective de l’éducation à la vie affective, relationnelle et sexuelle dans les établissements scolaires, mieux réguler les plateformes numériques et améliorer la détection des phénomènes de radicalisation.

Pour les rapporteures, le masculinisme ne constitue plus uniquement une contestation du féminisme.

Découvrez aussi