Après l’interruption de son concert à Grenoble, Barbara Butch passe à l’offensive judiciaire. La DJ annonce plusieurs plaintes visant notamment La France insoumise, certains de ses élus et représentants locaux. Alors que le parquet a déjà ouvert une enquête pour entrave concertée aux libertés, l’affaire place le mouvement de Jean-Luc Mélenchon au centre d’une polémique nationale sur l’antisémitisme
Barbara Butch répond directement La France insoumise
Cinq jours après les incidents survenus à Grenoble, Barbara Butch a annoncé le dépôt de plusieurs plaintes à Grenoble et à Paris. Selon son avocate, Me Audrey Msellati, elles viseront La France insoumise, certains de ses élus et représentants locaux, ainsi que d’autres personnes ou structures impliquées.
La formule de l’avocate résume la ligne de défense de l’artiste : « Le débat est une liberté ; la violence est une infraction. »
Les faits dénoncés sont susceptibles de relever de plusieurs qualifications pénales, notamment la provocation publique à la haine et à la violence, les violences aggravées, l’entrave à la liberté de création artistique, le cyberharcèlement aggravé, la diffamation et l’injure publique aggravée, selon les personnes visées.
Un appel au boycott suivi d’un concert interrompu
Samedi soir, à Grenoble, Barbara Butch n’a pu assurer son concert que pendant une vingtaine de minutes. Des militants propalestiniens et des militants de La France insoumise ont perturbé l’événement après un appel au boycott relayé notamment par la section iséroise du parti.
L’artiste affirme avoir reçu des projectiles visant la scène et son matériel.
Cette interruption a conduit le parquet de Grenoble à ouvrir une enquête pour « délit d’entrave concertée aux libertés », une qualification qui dépasse le simple cadre d’une manifestation politique.
Une nouvelle controverse antisémite pour La France insoumise
L’affaire intervient alors que La France insoumise fait régulièrement l’objet de critiques concernant certaines de ses prises de position.
Face au tollé provoqué par les événements de Grenoble, Mathilde Panot a reconnu que le tract distribué par les militants était « mauvais ». Elle a condamné les insultes et les jets de projectiles tout en rejetant les accusations d’antisémitisme visant son mouvement.
Cette réponse n’a toutefois pas suffi à éteindre les critiques. De nombreux responsables politiques ont dénoncé le rôle joué par les militants présents sur place. Gabriel Attal a notamment estimé que LFI devait reconnaître qu’une « faute gravissime » avait été commise.
Barbara Butch dénonce une escalade des violences
Pour Barbara Butch, les événements de Grenoble ne constituent pas un incident isolé.
Déjà visée après la cérémonie d’ouverture des Jeux olympiques de Paris 2024 par une vague de cyberharcèlement mêlant antisémitisme, grossophobie et lesbophobie, la DJ estime que cette nouvelle séquence marque une escalade.
Son avocate rappelle qu’aucun désaccord politique ne peut justifier qu’un artiste soit empêché de se produire ou exposé à des violences.
Des poursuites également contre Omerta et Alain Soral
Les plaintes viseront également le média Omerta, après la publication d’une couverture associant Barbara Butch au député Raphaël Arnault et au criminel sexuel Jeffrey Epstein sous le titre « Occident dégénéré, jusqu’où iront-ils ? ».
Alain Soral sera également poursuivi pour injure publique aggravée après des propos publiés sur le réseau social X.
Un large élan de soutien autour de Barbara Butch
Au-delà de la procédure judiciaire, Barbara Butch a reçu un important soutien du monde politique, culturel et associatif. La Licra a annoncé déposer plainte à ses côtés, estimant que les violences subies par l’artiste constituent une atteinte aux libertés fondamentales. Plus de 300 personnalités, parmi lesquelles Alain Chabat et Géraldine Nakache, ont également signé une tribune publiée dans Libération, rappelant qu’« agresser une DJ juive ne libérera pas la Palestine » et condamnant toute instrumentalisation de la violence contre une artiste en raison de ses engagements ou de son identité. Barbara Butch a par ailleurs été reçue par la ministre de la Culture, qui lui a assuré le soutien de l’État et sa volonté de garantir la protection de la liberté de création. Plusieurs responsables politiques, dont le maire d’Annecy Antoine Armand, ont également pris position en l’invitant publiquement à se produire dans leur ville, faisant de cette affaire un symbole du combat contre les intimidations visant les artistes.
