Plus d’un mois après le meurtre de Lyhanna, 11 ans, dans le Gers, la justice française dévoile les premiers résultats de l’opération nationale de réexamen des plaintes pour violences sexuelles commises sur des mineurs. Le garde des Sceaux Gérald Darmanin a annoncé que près d’un millier de dossiers de pédocriminalité ont été identifiés comme prioritaires, à l’issue d’un travail exceptionnel demandé à l’ensemble des parquets.
Cette vaste revue des procédures, lancée dans le sillage de l’affaire Lyhanna, marque un tournant dans la politique pénale française. Elle vise à identifier les dossiers présentant un risque immédiat pour les enfants, notamment lorsque les auteurs présumés sont connus de la justice et que les victimes sont toujours mineures.
Près de 70.000 dossiers et plus de 85.000 plaintes passés au crible
À la demande du ministre de la Justice, tous les procureurs généraux ont été chargés de reprendre l’intégralité des plaintes concernant des mineurs déposées dans leurs juridictions.
Au total, 69.626 procédures ont été réexaminées sur l’ensemble du territoire, représentant 85.047 plaintes recensées par les parquets.
Parmi ces dossiers, 61,5 % concernent des faits délictuels, tandis que 38,5 % portent sur des faits criminels, illustrant la gravité des violences examinées.
Les statistiques communiquées par la Chancellerie montrent également que 83,5 % des personnes mises en cause sont identifiées, contre 16,5 % dont l’identité reste inconnue.
Près de 1.000 dossiers désormais considérés comme prioritaires
Parmi les dizaines de milliers de procédures analysées, la justice a identifié près d’un millier de dossiers jugés prioritaires.
Cette qualification concerne les situations dans lesquelles plusieurs critères sont réunis : les auteurs présumés sont identifiés, ils présentent déjà des antécédents judiciaires et les victimes sont toujours mineures, ce qui laisse craindre un risque de réitération ou de nouvelles violences.
Ces affaires doivent désormais faire l’objet d’un traitement accéléré par les juridictions.
Une forte augmentation des informations judiciaires ouvertes
Depuis le 8 juin, date du lancement de cette opération nationale, 1.350 informations judiciaires ont été ouvertes.
Selon Gérald Darmanin, ce chiffre représente près de quatre fois plus que sur la même période en 2025.
Parallèlement, 675 personnes ont été incarcérées depuis le début de cette campagne de réexamen.
Ces chiffres témoignent de l’ampleur des investigations engagées par les parquets à la suite des instructions données par le ministère de la Justice.
L’affaire Lyhanna à l’origine d’une remise en question nationale
Cette mobilisation exceptionnelle trouve son origine dans l’affaire Lyhanna.
La fillette de 11 ans avait été retrouvée morte dans le Gers. L’enquête avait révélé que le principal suspect, Jérôme Barella, avait déjà fait l’objet de plusieurs plaintes pour agressions sexuelles sur mineurs sans jamais avoir été entendu par les enquêteurs.
Cette révélation a provoqué une onde de choc jusque dans les plus hautes sphères de l’État.
Quelques jours après les faits, Gérald Darmanin avait estimé que la justice française n’avait « manqué ni de moyens, ni de lois », mais qu’elle n’avait pas suffisamment priorisé les dossiers de viols et d’agressions sexuelles commis sur des mineurs.
Il avait alors convoqué l’ensemble des procureurs généraux afin de leur demander de reprendre, dossier par dossier, toutes les plaintes concernant des enfants avant le 14 juillet.
Une réponse judiciaire qui devra être évaluée dans la durée
Les premiers chiffres témoignent d’une mobilisation sans précédent des juridictions françaises face aux violences sexuelles commises sur les mineurs.
Reste désormais à mesurer les effets concrets de cette revue nationale des procédures : accélération des enquêtes, protection effective des enfants toujours exposés, réduction des stocks de dossiers et amélioration du traitement des plaintes.
L’affaire Lyhanna a mis en lumière les conséquences dramatiques que peuvent avoir des procédures restées sans suite ou insuffisamment traitées. Les prochains mois permettront de mesurer si cette réorganisation constitue un véritable changement structurel dans la lutte contre la pédocriminalité ou une réponse ponctuelle à une émotion nationale.
