L’Allemagne est confrontée à une nouvelle affaire de violences sexuelles d’une ampleur exceptionnelle. Le parquet de Berlin a annoncé la mise en accusation d’un homme de 68 ans soupçonné d’avoir administré des somnifères mélangés à de l’alcool à des dizaines de femmes rencontrées sur des applications de rencontre avant de les violer et de filmer les agressions sexuelles.
À ce stade de la procédure, l’homme est poursuivi pour 22 viols aggravés et des lésions corporelles graves commis sur 14 femmes, mais les enquêteurs recensent déjà 58 victimes présumées. Dix femmes n’ont pas encore pu être identifiées et les investigations se poursuivent concernant trente autres victimes potentielles.
Cette affaire, qui présente de nombreux points communs avec le procès de Dominique Pelicot en France, illustre une nouvelle fois la difficulté de détecter les violences sexuelles commises sous soumission chimique, lorsque les victimes perdent conscience des faits.
Des victimes qui découvrent leur viol grâce aux vidéos saisies par les enquêteurs
L’un des aspects les plus glaçants du dossier tient au fait que plusieurs victimes ignoraient totalement avoir été agressées.
Selon le parquet de Berlin, elles ne se souvenaient d’aucun des faits. Elles n’ont appris qu’elles avaient été violées qu’après avoir été contactées par les enquêteurs, à la suite de la découverte de nombreuses vidéos lors des perquisitions.
Les images, saisies sur le matériel informatique du suspect, constituent aujourd’hui une partie essentielle des preuves réunies par les magistrats.
Comme dans plusieurs affaires récentes de violences sexuelles facilitées par la soumission chimique, la mémoire des victimes a été totalement effacée par les substances qui leur auraient été administrées.
Une enquête déclenchée grâce à une autre affaire de viols
L’enquête débute de manière inattendue.
Début 2025, la police de Verden an der Aller, dans le nord de l’Allemagne, enquête sur un autre homme soupçonné de faits similaires. Après le décès de ce dernier, les policiers analysent ses échanges numériques et découvrent plusieurs conversations avec le sexagénaire berlinois.
Une enquête est alors ouverte en mars 2025.
Une première perquisition permet de saisir du matériel informatique.
Un an plus tard, en février 2026, une nouvelle perquisition conduit à la découverte de nombreuses vidéos montrant ce que le parquet décrit comme des agressions sexuelles « vraisemblablement » commises par le suspect.
L’homme est arrêté en mars 2026 avant d’être placé en détention.
58 victimes présumées et une enquête toujours en cours
L’acte d’accusation présenté par le parquet concerne, dans un premier temps, vingt-deux viols commis sur quatorze femmes.
Mais les investigations sont loin d’être terminées.
Les enquêteurs recensent désormais cinquante-huit victimes potentielles.
Dix femmes figurant sur les vidéos n’ont toujours pas été identifiées. Les investigations se poursuivent également concernant trente autres victimes présumées. Dans trois situations supplémentaires, les éléments recueillis demeurent insuffisants pour engager des poursuites.
Selon les enquêteurs, le suspect administrait à ses victimes des somnifères mélangés à de l’alcool avant de commettre les viols puis de filmer les agressions.
La prescription des viols sous soumission chimique au cœur du débat en Allemagne
L’affaire relance également un débat juridique particulièrement sensible outre-Rhin.
Le parquet a classé trente-six autres soupçons de viol concernant une femme pour des faits remontant entre 2010 et 2014.
Pourquoi ? Parce que les magistrats n’ont pas estimé disposer d’éléments suffisants pour démontrer juridiquement que les substances administrées constituaient une violence permettant d’appliquer le délai de prescription de vingt ans prévu pour les viols aggravés.
Les faits relèvent donc du délai de prescription de cinq ans aujourd’hui expiré.
Cette question fait l’objet d’intenses débats en Allemagne depuis plusieurs années. Elle avait déjà été soulevée dans l’affaire de Claudia Wuttke, dont plusieurs accusations avaient été classées en raison de la prescription avant que l’enquête ne soit finalement rouverte en mai 2026.
L’affaire Pelicot, un précédent devenu une référence internationale
Impossible de ne pas établir un parallèle avec le procès de Dominique Pelicot en France.
Pendant près d’une décennie, Dominique Pelicot avait drogué son épouse, Gisèle Pelicot, afin de permettre à des dizaines d’hommes recrutés sur Internet de la violer alors qu’elle était inconsciente.
Comme dans l’affaire allemande, la victime ignorait les violences dont elle faisait l’objet jusqu’à la découverte de milliers de vidéos conservées par son agresseur.
Depuis ce procès historique, Gisèle Pelicot est devenue une figure internationale de la lutte contre les violences sexuelles et contre la soumission chimique. Son choix de renoncer au huis clos a profondément contribué à faire évoluer le regard porté sur les victimes et à placer la responsabilité exclusivement sur les auteurs.
Cette nouvelle affaire allemande montre que les violences sexuelles facilitées par des substances psychoactives demeurent un phénomène largement sous-estimé en Europe. Elle rappelle également combien les preuves numériques jouent désormais un rôle central dans la révélation de crimes dont les victimes n’ont parfois aucun souvenir.
