Alors que Lyhanna, 11 ans, reste introuvable près d’une semaine après sa disparition dans le Gers, de nouvelles révélations sur le passé judiciaire du principal suspect soulèvent des interrogations sur le traitement de plusieurs signalements antérieurs.
L’homme de 41 ans, Jérôme Barella, mis en examen pour enlèvement et séquestration puis placé en détention provisoire, a fait l’objet de trois procédures distinctes pour des faits de viol ou d’agression sexuelle entre 2017 et 2026. Face à ces éléments, le gouvernement a annoncé l’ouverture d’une enquête administrative afin d’examiner d’éventuels dysfonctionnements dans le suivi de ces dossiers.
Trois plaintes recensées avant l’affaire Lyhanna
Les informations révélées ces derniers jours dessinent un parcours marqué par plusieurs accusations visant des mineures.
La première procédure connue remonte à 2017. Une mère avait déposé plainte après la relation entretenue par l’homme avec son adolescente de 17 ans. L’affaire avait finalement été classée sans suite, la jeune fille ayant indiqué aux enquêteurs qu’il s’agissait selon elle d’une relation consentie.
Une deuxième plainte a été déposée en 2022 pour viol. Selon la procureure d’Auch, cette procédure a été classée sans suite en 2024 pour « infraction insuffisamment caractérisée ».
Une troisième plainte, révélée mardi par le parquet, a été déposée le 22 août 2025 pour des faits de viol sur une enfant de 10 ans. Cette enquête est toujours en cours.
À ces trois procédures s’ajoute désormais une nouvelle plainte déposée mercredi pour agression sexuelle dans une autre affaire, portant à quatre le nombre total de signalements connus visant le suspect.
Une plainte de 2025 au cœur des interrogations
L’enquête administrative annoncée par les autorités concerne plus particulièrement le traitement de la plainte déposée en août 2025.
Les faits dénoncés se seraient déroulés à Montestruc-sur-Gers. Déposée auprès de la gendarmerie de Plaisance-du-Touch en Haute-Garonne, la plainte a ensuite été transmise au parquet d’Auch compétent territorialement.
Selon la procureure Clémence Meyer, le dossier n’a toutefois été transmis à la gendarmerie de Lectoure qu’en janvier 2026, plusieurs mois après son dépôt initial et n’a en juin 2026 toujours pas fait l’objet d’une enquête, ni audition de la jeune adolescente, ni du mis en cause…
Ce délai fait aujourd’hui l’objet d’interrogations alors que les investigations liées à la disparition de Lyhanna se poursuivent.
Le gouvernement ordonne une enquête administrative
Interpellé à l’Assemblée nationale par le député du Gers David Taupiac, le ministre de l’Intérieur Laurent Nunez a annoncé le lancement d’une enquête administrative conjointe.
Cette mission sera confiée à l’Inspection générale de la justice et à l’Inspection générale de la gendarmerie nationale.
L’objectif affiché est d’identifier d’éventuels dysfonctionnements dans le traitement des procédures visant le suspect, notamment celle de 2025.
Parallèlement, la justice a indiqué que les différentes enquêtes judiciaires pourraient désormais être regroupées afin d’être examinées dans leur ensemble.
Un signalement dans un lycée et des inquiétudes exprimées par des parents
D’autres éléments avaient déjà émergé concernant le parcours professionnel du suspect.
La région Occitanie a confirmé qu’il avait été licencié du lycée de Lectoure où il travaillait comme agent d’entretien à la suite d’une procédure disciplinaire liée au signalement d’un « comportement inapproprié » envers une lycéenne.
Par ailleurs, l’avocat des parents de Lyhanna a indiqué que ceux-ci avaient progressivement pris leurs distances avec l’homme après une soirée pyjama organisée à son domicile et en raison de doutes concernant son comportement avec certaines amies de sa fille.
Les recherches se poursuivent
Lyhanna a été vue pour la dernière fois vendredi vers 15 heures à Fleurance, montant dans la voiture du suspect, qu’elle connaissait puisqu’il est le père d’une de ses amies.
Devant le juge d’instruction, le mis en examen a exercé son droit au silence et n’a répondu à aucune question, selon le procureur d’Agen.
Ses avocates ont indiqué qu’elles ne feraient aucun commentaire public sur l’affaire et ont appelé au respect de la présomption d’innocence.
Sur le terrain, les recherches mobilisent toujours un dispositif exceptionnel. Entre 170 et 180 gendarmes, renforcés par une cinquantaine de chasseurs volontaires, poursuivent les opérations dans les secteurs boisés et vallonnés autour de Fleurance.
Près de 230 personnes restent engagées dans l’espoir de retrouver la jeune collégienne.
