Le cinéma préfère-t-il vraiment les animaux qui parlent aux femmes de plus de 60 ans ? Une nouvelle étude britannique relance le débat sur l’âgisme et le sexisme à l’écran.
Selon une analyse menée par la campagne anti-âgisme Age Without Limits, les 100 plus gros succès du box-office britannique entre 2023 et 2025 comptent davantage de héros… appelés Chris que de femmes de plus de 60 ans dans des rôles principaux. Plus frappant encore : les films mettant en scène des animaux parlants seraient quatre fois plus nombreux que ceux portés par une actrice senior.
Des chiffres qui révèlent un angle mort du cinéma
L’étude révèle que seuls cinq films parmi les 100 plus gros succès récents placent une femme de plus de 60 ans au centre du récit. Face à elles : six films menés par des acteurs prénommés Chris — Chris Pratt, Chris Pine ou encore Chris Hemsworth — et une vingtaine de productions dominées par des personnages animaux parlants. (agewithoutlimits.org)
Parmi les rares exceptions figurent The Substance avec Demi Moore, Book Club: The Next Chapter porté par Diane Keaton, ou encore Freakier Friday avec Jamie Lee Curtis. Mais ces exemples restent marginaux dans une industrie où les récits féminins vieillissants peinent encore à accéder au statut de blockbuster. (euronews)
Emma Thompson : « Les femmes vieillissent aussi »
L’actrice britannique Emma Thompson, 67 ans, a vivement réagi aux résultats de l’étude.
« Les femmes représentent la moitié de la population et nous vieillissons. Alors où sont les histoires sur nous ? », a-t-elle déclaré, appelant l’industrie à donner enfin une place centrale aux récits de femmes âgées.
L’actrice estime que les femmes plus âgées sont au contraire « plus intéressantes que jamais » et regrette une invisibilisation culturelle qui dépasse largement le cinéma.
Un public pourtant demandeur
L’étude souligne un paradoxe économique : jusqu’à un cinéphile britannique sur cinq a plus de 55 ans. Pourtant, cette tranche d’âge demeure largement absente des grands récits populaires.
Un sondage réalisé auprès de 4 000 personnes montre également qu’un tiers du public estime qu’il n’y a pas assez de films centrés sur des femmes de plus de 60 ans. Chez les femmes interrogées, ce chiffre grimpe à 39 %.
Loin d’un prétendu manque d’intérêt commercial, ces résultats révèlent surtout la persistance d’une vision très normative de la féminité au cinéma : jeunesse, désirabilité, invisibilisation progressive avec l’âge.
L’âgisme, angle mort des politiques de diversité
Depuis plusieurs années, Hollywood et les industries audiovisuelles européennes mettent en avant leurs efforts sur la diversité de genre ou ethnique. Mais la question de l’âge reste encore largement absente des politiques de représentation.
Des recherches universitaires citées par l’association montrent d’ailleurs que les femmes de plus de 65 ans sont plus de trois fois moins représentées que les hommes du même âge dans les films britanniques récents. Lorsqu’elles apparaissent, elles sont souvent décrites comme passives, ridiculisées ou secondaires à l’intrigue.
Cette disparition nourrit un phénomène plus large : celui d’un effacement progressif des femmes dans l’espace public à mesure qu’elles vieillissent.
Quand le cinéma reflète les hiérarchies sociales
Le sujet dépasse la seule question du casting. Qui a le droit d’être désirée, complexe, puissante, drôle ou centrale à l’écran après 60 ans ? Qui a encore droit au récit ?
Alors que des figures comme Michelle Yeoh, récompensée aux Oscars à 60 ans, ou Meryl Streep continuent de démontrer la puissance artistique et commerciale des actrices seniors, l’industrie semble encore prisonnière d’une représentation très masculine et très jeune du pouvoir narratif. (The Guardian)
Le constat posé par Age Without Limits agit finalement comme un miroir : dans le cinéma contemporain, il semble parfois plus simple d’être un panda qui parle… qu’une femme de 65 ans.
