Une adolescente de 14 ans, Chloé, a été tuée à l’arme blanche mercredi matin à Fère-en-Tardenois, dans l’Aisne, alors qu’elle se rendait à pied au collège. Quelques heures après les faits, un homme de 23 ans a été interpellé à Soissons puis placé en garde à vue.
Selon le parquet de Soissons, le suspect a reconnu avoir porté des coups de couteau à l’adolescente, tout en niant « l’intention homicide ». L’enquête a été ouverte pour assassinat et confiée à la section de recherches d’Amiens.
Mais au-delà du drame, c’est une formulation employée dans la communication judiciaire qui suscite une vive polémique. Dans son communiqué, le parquet évoque l’ex « petit ami » de la victime pour désigner le suspect de 23 ans.
Le parquet évoque l’ex « petit ami » de la victime
Dans le communiqué transmis à la presse, le parquet indique que le mis en cause a déclaré avoir eu « une relation amoureuse avec la jeune fille, récemment terminée ». Plusieurs médias ont ensuite repris l’expression de « petit ami » pour évoquer le suspect.
Cette qualification est choquante car elle banalise une relation impliquant un homme majeur et une adolescente de 14 ans, une relation strictement interdite par la loi, pour protéger d’agressions sexuelles ou de viols .
Le suspect, décrit comme « sans profession, vivant chez ses parents », était déjà connu des services de police et de justice pour un fait de port d’arme sans motif légitime commis en 2023.
Ce que dit la loi française pour les mineures de moins de 15 ans
En France, les relations sexuelles entre un adulte majeur et un mineur de moins de 15 ans sont strictement interdites par le Code pénal.
Depuis la loi du 21 avril 2021 visant à protéger les mineurs des crimes et délits sexuels et de l’inceste, un adulte ayant une relation sexuelle avec un enfant de moins de 15 ans peut être poursuivi pour viol sur mineur lorsqu’il existe un acte de pénétration sexuelle. Selon les circonstances, les faits peuvent également relever de l’agression sexuelle ou de l’atteinte sexuelle sur mineur.
Le droit français considère qu’en dessous de 15 ans, le consentement d’un mineur face à un adulte majeur doit faire l’objet d’une protection particulière, et ne peut être considéré comme acquis.
Dans ce contexte juridique, parler de « relation amoureuse » ou de « petit ami » dans une affaire impliquant un homme de 23 ans et une collégienne de 14 ans pose un problème juridique, éthique et symbolique.
Un débat sur les mots employés dans les affaires de violences
Cette affaire relance également le débat sur le vocabulaire utilisé dans les dossiers de violences faites aux femmes et aux mineures.
Depuis plusieurs années, des associations féministes et de protection de l’enfance alertent sur certaines formulations susceptibles de minimiser des faits potentiellement criminels ou de normaliser des rapports d’emprise entre adultes et adolescentes.
Pour de nombreux observateurs, les mots employés dans les communications institutionnelles ou médiatiques influencent la perception des violences et la compréhension des mécanismes de domination.
L’enquête se poursuit désormais sous la qualification d’assassinat. Le parquet de Soissons devrait prochainement se dessaisir du dossier au profit du pôle criminel de Laon.
Selon les dernières données de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), 107 femmes ont été tuées par leur conjoint ou ex-conjoint en France en 2024, contre 96 en 2023.
