Tout a commencé très tôt. J’étais violoniste dans l’orchestre d’élèves du Conservatoire du Mans et, un jour, j’ai remplacé mon professeur pour diriger l’ensemble. Je suis montée sur le podium à 13 ans et j’ai immédiatement su que je voulais apprendre la direction d’orchestre. J’ai ensuite étudié au Conservatoire de Paris, puis travaillé à l’Opéra de Lyon, à Rome, avant de mener une carrière internationale.
Vous avez dirigé dans de nombreuses institutions prestigieuses. Quelles œuvres ou lieux emblématiques vous ont particulièrement marquée ?
J’ai eu la chance de diriger Pelléas et Mélisande de Debussy à Covent Garden à Londres, Idomeneo de Mozart à l’Opéra de Washington, ainsi que la création de La Stazione Termale de Fabio Vacchi à la Scala de Milan. J’ai également dirigé à la Philharmonie de Berlin, à San Francisco et dans de nombreux autres lieux. Avec mon orchestre, le Paris Mozart Orchestra, nous avons effectué de nombreuses tournées, notamment à Amsterdam, Rome, Mexico et en Asie.
En tant que femme cheffe d’orchestre, quels obstacles avez-vous rencontrés ?
La situation s’est beaucoup améliorée ces dix dernières années, mais j’ai connu la condescendance et parfois même l’hostilité, notamment parce que les directeurs d’orchestre et de salles étaient presque exclusivement des hommes. Heureusement, certains, comme le maestro Claudio Abbado, m’ont soutenue. Aujourd’hui encore, il faut rester vigilant, mais les mentalités évoluent progressivement.
Vous avez lancé le concours international La Maestra pour promouvoir les femmes cheffes d’orchestre. Quel en est l’impact ?
Lorsque nous avons créé ce concours en 2018, les femmes représentaient seulement environ 4 % des chefs d’orchestre dans les institutions culturelles mondiales. Nous approchons aujourd’hui les 12 %, et nous voulons continuer à progresser. Le concours, organisé tous les deux ans, attire désormais des candidates du monde entier — y compris de pays où l’on ne s’attendrait pas forcément à voir émerger des cheffes d’orchestre, comme l’Afghanistan, l’Iran ou la Palestine. L’objectif est de rendre visible leur talent et de leur permettre de se sentir pleinement légitimes dans ce métier.
