Chiara Corazza : « Le leadership par les femmes constitue aujourd’hui un projet collectif pour nos sociétés et nos économies»

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Partenaire du Global Leadership by Women Summit 2026, The Women’s Voices donne la parole à Chiara Corazza, conseillère spéciale du sommet, représentante pour la France au G20 EMPOWER, ancienne membre du Gender Equality Advisory Council du G7 et présidente du Women Economic Forum Europe. Une rencontre autour du leadership féminin, de la place des femmes dans les sphères de décision et des leviers pour accélérer une gouvernance plus inclusive.

Vous défendez un « Global Leadership by Women » et non un leadership « pour les femmes ». Quel changement concret de gouvernance souhaitez-vous voir émerger dans les cinq prochaines années ?

Il y a une semaine, Abelardo de la Espriella a été élu Président de la Colombie avec, parmi ses priorités, une politique de mano dura (main dure), la déforestation, et même en cherchant bien je n’ai pas eu l’impression que le progrès social et l’égalité de genres soient à son agenda. Il rejoint ainsi le club de Milei et Bukele en Amérique Latine, et surtout les big 5, ceux qui privilégient la force, l’arbitraire, leur égo, en gouvernant selon leur intérêt personnel. C’est bien la direction du monde qui nous convient ? Pouvons-nous laisser cinq hommes décider de notre vie, de la planète, de l’usage de l’IA, comment on investit et on commerce, de la paix, de la guerre, de notre sécurité ?

Comme le dit si bien Giuliano da Empoli, « c’est l’heure des prédateurs ». Mais pour combien de temps ? C’est à nous de réagir, de réinventer une gouvernance centrée sur l’humain, le bien commun et l’intérêt général.

Les femmes, avec les hommes, doivent exercer pleinement les responsabilités dans tous les domaines.

Dans les cinq prochaines années, je souhaite voir émerger une gouvernance plus équilibrée, plus juste et plus visionnaire, où la diversité des talents devient un véritable levier de compétitivité et de performance. Les femmes apportent, autant que les hommes, une contribution essentielle à la créativité, à l’innovation, à la résilience des organisations et à la construction de la paix.

Le leadership par les femmes constitue aujourd’hui un projet collectif pour nos sociétés et nos économies. Les études montrent qu’il pourrait générer plus de 28 000 milliards de dollars de valeur supplémentaire au niveau mondial. L’enjeu est donc de faire évoluer durablement la culture du pouvoir et de bâtir ensemble un modèle de leadership capable de répondre aux défis de notre époque.

Cette édition réunit des responsables politiques, des dirigeantes d’entreprise, des organisations internationales et des médias. Comment transformer cette diversité en engagements mesurables plutôt qu’en simple espace de dialogue ?

Cette année, aux côtés des Ministres Aurore Bergé, Roland Lescure et Sabrina Roubache, participent les leaders engagés des plateformes les plus influentes des femmes, actives sur les cinq continents telles que Women in Tech Global, G100, Women Economic Forum, Arab International Women’s Forum, 100 Women @ Davos, ainsi que des institutions telles que la Commission européenne, l’UNESCO, l’International Transport Forum (OCDE), la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement, l’Union pour la Méditerranée, le World Travel & Tourism Council. Ces organisations se mobilisent pour faire vivre dans le monde entier un mouvement pour un Global Leadership by Women.

J’ai aussi souhaité que le Global Leadership by Women Summit, porté par CMA CGM et dont je construis la ligne éditoriale et l’ambition internationale, s’inscrive pleinement dans la dynamique de la Présidence française du G7. L’obtention de sa labellisation officielle constitue une reconnaissance importante de cette volonté commune. Le Sommet contribuera ainsi aux grandes priorités portées par la France : la réduction des déséquilibres économiques mondiaux, le renforcement de partenariats fondés sur la solidarité et la coopération, ainsi que la promotion d’une prospérité plus équilibrée et durable.

Notre œuvrons pour transformer les idées en action. Les partenaires du Sommet sont des leaders visionnaires mobilisés au quotidien en France et à l’international pour faire avancer dans leurs structures et au-delà une gouvernance équilibrée : Tanya Saadé Zeenny (CMA CGM), Christine Fabresse (Caisse d’Epargne CEPAC), Coline Pont (Accor), Marie Guillemot (KMPG), Carine Kraus (Carrefour), Marc-André Kamel (Bain & Company) et Emilie de Lombarès (Onet).

Le Sommet constitue une plateforme de mobilisation et de coopération. Les travaux et les call to action qui en émergeront ont vocation à nourrir les agendas du G7, mais également du G20 et des grandes enceintes multilatérales. Marseille, carrefour euro-méditerranéen qui relie les mondes, devient ainsi un lieu où se construisent des coalitions d’action capables d’avoir un impact durable sur les territoires, les organisations et la gouvernance mondiale.

Les sujets abordés vont de l’intelligence artificielle à la géopolitique. Pourquoi est-il essentiel que les femmes soient présentes dans ces secteurs qui façonnent les rapports de puissance mondiaux ?

Alors que 85% des emplois sont à réinventer, assurer l’accès aux compétences clés est primordial. Aujourd’hui, les femmes ne représentent qu’un peu plus d’un tiers des diplômés dans les filières scientifiques et technologiques, alors même que ces métiers structurent les industries et les souverainetés de demain. Investir dans leur formation, leur leadership et leur accès aux responsabilités, c’est renforcer notre capacité collective à innover, à accompagner les grandes transitions et à construire des solutions durables au service de l’intérêt général. Je salue le travail d’Angélique Gérard, d’Angela Naser et de Sandrine Richard en la matière.

Les secteurs qui façonnent les rapports de puissance mondiaux déterminent également notre avenir collectif. L’intelligence artificielle, la lutte contre le changement climatique, la finance, le commerce, les infrastructures, l’énergie, la santé ou la diplomatie dessinent les nouveaux équilibres économiques, technologiques et géopolitiques.

Les femmes y jouent un rôle central. Leur participation renforce la capacité d’innovation, la qualité des décisions et la solidité des stratégies mises en œuvre. Les études démontrent que les organisations plus équilibrées gagnent en performance, en créativité et en capacité d’anticipation.

L’édition 2026 du Global Leadership by Women Summit illustre cette conviction. Nous y aborderons notamment les nouveaux outils qui transforment la gouvernance mondiale, comme la diplomatie technologique, portée par des initiatives développées par le Tech Diplomacy Global Institute, fondé par Ayumi Moore Aoki avec l’UNESCO, pour bâtir de nouveaux cadres de coopération et de confiance autour du numérique et de l’intelligence artificielle.

Le leadership par les femmes en matière de diplomatie, de sécurité et de technologie constitue un levier essentiel pour la capacité d’innovation, la transformation économique et les grandes transitions contemporaines. Plus largement, les droits des femmes, la construction des compétences et la capacité à penser le long terme sont étroitement liés à la qualité des décisions collectives.

Dans un contexte de remise en cause des politiques d’égalité dans plusieurs pays, comment convaincre que le leadership des femmes est un enjeu de compétitivité, de sécurité et de stabilité, et pas seulement de droits ?

Aujourd’hui, nous assistons dans de nombreuses régions du monde à une remise en cause de certains acquis fondamentaux et à une montée des discours anti-droits. Comme le témoignent Zarifa Ghafari, Fahimeh Robiolle et Catherine Ladousse, en Afghanistan, en Iran, mais aussi dans les espaces numériques et technologiques, où les biais algorithmiques et la désinformation peuvent accentuer les inégalités, la vigilance et l’action collective sont plus que jamais nécessaires. Les États, les entreprises, les organisations internationales et la société civile portent une responsabilité commune pour garantir le respect effectif et durable des droits des femmes et des filles.

Cette exigence démocratique rejoint aussi un enjeu économique et stratégique majeur. Les sociétés qui valorisent tous les talents renforcent leur capacité d’innovation, leur compétitivité et leur résilience face aux grandes transitions. Les femmes représentent un formidable levier d’entrepreneuriat, de création de valeur et de prospérité, au bénéfice de l’ensemble de nos territoires et de nos économies.

Le leadership par les femmes contribue également à la stabilité et à la paix, comme le démontrent Donia Kaouach et Patricia Elias. Lorsque les femmes participent pleinement aux processus de décision, à la diplomatie et à la gouvernance, les réponses apportées aux crises gagnent en cohésion, en confiance et en vision de long terme. Préserver nos valeurs, renforcer notre souveraineté économique et construire des sociétés plus résilientes supposent de mobiliser l’ensemble des compétences et des énergies.

C’est le sens du manifeste du Global Leadership by Women : promouvoir une gouvernance équilibrée, responsable et créatrice de valeur, où les femmes occupent pleinement leur place dans les décisions, les transitions, l’innovation et la construction du bien commun. Ensemble, nous avons la responsabilité d’agir pour que l’avenir soit pensé et construit par toutes et tous.

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