Angélique Cauchy, engagée contre les violences sexuelles faites aux enfants dans le sport, reçoit l’ordre national du mérite

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Article mis à jour le 09 octobre 2026

Jeune espoir du tennis français, Angélique Cauchy n’a que 12 ans lorsque son entraîneur commet des viols sur elle à de nombreuses reprises. Aujourd’hui, fondatrice de l’association Rebond, elle vient d’être décorée de l’ordre national du Mérite, une distinction qui lui a été remise par Élisabeth Richard, déléguée générale de la Fondation ENGIE et Co-Présidente de la Commission « Violences » du Haut Conseil à l’Égalité (HCE) en présence d’Aurore Bergé, Ministre de l’Egalité et d’Amélie Oudéa-Castera, présidente du Comité national olympique et sportif français.

Angélique Cauchy a transformé son histoire personnelle en un engagement majeur pour la protection des enfants et la lutte contre les violences sexuelles dans le sport. Avec Engie et d’autres entreprises, l’association Rebond a initié des actions au sein même des Fédérations et des tournois. Angélique Cauchy œuvre sans relâche pour prévenir ces violences, sensibiliser les jeunes sportifs, former les encadrants et accompagner la libération de la parole des victimes. À travers ses interventions auprès des clubs, des établissements scolaires et des institutions, elle contribue à faire évoluer les mentalités et à renforcer la protection des mineurs. Cette décoration honore et salue son engagement, Angélique incarne un combat essentiel pour que le sport demeure un espace d’épanouissement, de confiance et de sécurité pour tous les enfants.

Exemple des panneaux de l’exposition initiée par l’Association Rebond pour sensibiliser aux violences faites aux enfants

 

Angélique Cauchy s’était confiée à The Women’s Voices à l’occasion de la publication de son livre, Si un jour quelqu’un te fait du mal.

« Si un jour quelqu’un te fait du mal » est le témoignage de ce que vous avez subi lorsque vous étiez adolescente : des viols multiples commis par votre entraîneur. Qu’est-ce qui vous a poussée à témoigner ?

Ce témoignage, je l’ai écrit pour qu’il répare et reconstruise la relation avec ma sœur, que j’ai perdue dans cette emprise. Plus largement, j’ai écrit ce livre pour que cela n’arrive plus à la génération d’aujourd’hui. C’est un message pour les enfants d’hier que nous étions et pour ceux d’aujourd’hui.

Ce livre s’appelle Si un jour quelqu’un te fait du mal parce que c’est le début d’une phrase que me répétait toujours mon père. La fin de la phrase, c’était : « Je n’attendrai pas que justice soit faite, je lui mettrai une balle entre les deux yeux, quitte à prendre 20 ans de taule. » Cette phrase m’a tellement marquée qu’elle explique en grande partie mon silence.

Aujourd’hui, si j’ai écrit ce livre, c’est aussi pour que les adultes prennent conscience de l’impact que leurs paroles peuvent avoir sur un enfant. On ne doit plus prononcer cette phrase. On doit dire : « Si un jour quelqu’un te fait du mal, nous te croirons, nous t’écouterons et nous te protégerons. »

C’est aussi pour que nous, les adultes d’aujourd’hui, ne soyons plus des yeux aveugles, mais des témoins actifs. Ce livre se veut pédagogique : il permet de comprendre ce qu’est l’emprise, à quel point on peut perdre son libre arbitre et l’impact que cela peut avoir sur un enfant. C’est aussi pour cela que je l’ai écrit avec la voix de l’enfant de 12 ans que j’étais dans la première partie. Cela permet de comprendre pourquoi, à cet âge-là, un enfant ne parle pas.

Au moment où vous subissez ces violences, cet homme vous fait croire qu’il s’agit d’amour. Vous n’arrivez même plus à être vous-même ?

J’étais devenue un mini-lui. Je m’habillais comme lui, je mangeais comme lui, je n’avais plus du tout de personnalité parce qu’il était devenu ma seule référence. Il n’y avait plus d’autres adultes référents autour de moi. Même mes parents avaient été gommés par lui. Finalement, sa parole était devenue absolue. C’était Dieu.

Quel âge aviez-vous lorsque vous avez parlé et quel a été le déclencheur ?

J’ai parlé à l’âge de 27 ans. Plusieurs facteurs concomitants m’ont poussée à témoigner. À 27 ans, j’entre réellement dans l’âge adulte : j’ai terminé mes études, je deviens professeure de sport et, tous les jours, j’ai devant moi des enfants de 12 ans.

Je me vois dans ce miroir et je me dis : c’est tellement jeune, 12 ans. C’est tellement manipulable et tellement malléable. Je me demande comment on peut faire croire à un enfant que cela peut être « une relation normale ».

À ce moment-là, je me projette aussi dans un rôle de mère et je me demande : quel genre de mère vais-je être si je ne suis pas capable de dire ce qui m’est arrivé ? Est-ce que je ne vais pas empêcher mon enfant de vivre, l’étouffer en ayant peur de tout, si je n’ai pas moi-même réglé mes problèmes ?

Je parle aussi parce qu’à ce moment-là, je sens la société davantage prête à entendre ce genre d’histoire. Et l’une de mes co-victimes dépose plainte. Je me dis alors : c’est le moment d’y aller. C’est le moment d’avoir le courage d’être là pour elle, parce que je ne l’ai pas été lorsque j’étais enfant, en gardant le silence, et que ce silence a permis à cet homme de faire d’elle aussi une victime. Quelque part, je le devais aux autres victimes…

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