Singapour : face à l’effondrement de la natalité, le gouvernement lance son application de dating

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Avec seulement 0,87 enfant par femme en 2025, Singapour connaît le taux de fécondité le plus bas de son histoire. Dans un pays qui multiplie les politiques pour relancer les naissances, le gouvernement expérimente désormais FirstDate, une plateforme de rencontres destinée aux jeunes fonctionnaires célibataires. Une nouvelle incursion de la cité-État dans la vie amoureuse de ses citoyens.

À Singapour, la crise démographique commence désormais avant même le mariage. Alors que le nombre de naissances et de mariages recule, la Government Technology Agency (GovTech) expérimente FirstDate, une plateforme de rencontres lancée le 29 septembre et, pour l’instant, réservée aux agents publics célibataires âgés de 21 à 35 ans.

GovTech ne présente pas officiellement FirstDate comme un outil destiné à faire remonter la natalité, son lancement intervient au moment où la démographie est devenue un enjeu majeur pour le gouvernement.

Singapour tombe à 0,87 enfant par femme

Les derniers chiffres officiels donnent la mesure du problème. En 2025, le taux de fécondité des résidentes est tombé à 0,87 enfant par femme, contre 0,97 en 2024 et 1,24 dix ans auparavant.

Le nombre de naissances de citoyens singapouriens a lui aussi fortement diminué : 26 071 bébés sont nés en 2025, contre 29 237 en 2024, soit une baisse de 10,8 % en un an. Les mariages entre citoyens ont reculé de 5,6 %, passant de 22 955 à 21 671.

Une évolution suffisamment préoccupante pour que le vice-Premier ministre Gan Kim Yong qualifie officiellement la faiblesse de la natalité de « défi existentiel » pour Singapour.

Le gouvernement a même proposé une projection saisissante : si un taux de fécondité de 0,87 se maintenait, 100 résidents aujourd’hui ne donneraient théoriquement naissance qu’à 44 enfants, puis à seulement 19 petits-enfants, toutes choses égales par ailleurs.

FirstDate : un seul profil plutôt que des centaines de “swipes”

C’est dans ce contexte que GovTech teste une autre manière de provoquer les rencontres.

FirstDate fonctionne à l’opposé de Tinder ou Hinge. Les participants s’identifient avec Singpass, le système d’identité numérique singapourien, puis répondent à 30 questions portant notamment sur leurs centres d’intérêt, leur mode de vie, leurs habitudes, leurs préférences relationnelles et leurs critères rédhibitoires.

Parmi les questions figure également un sujet particulièrement significatif dans le contexte singapourien : souhaitent-ils avoir des enfants ?

Pas question ensuite de faire défiler des dizaines de profils. FirstDate propose une seule personne à la fois, avec environ un nouveau match par mois.

Les deux célibataires reçoivent un score de compatibilité et disposent de trois jours pour décider s’ils souhaitent entrer en contact. Leurs coordonnées ne sont échangées que s’ils acceptent tous les deux la rencontre.

Un algorithme issu de la théorie des « appariements »

Pour former les couples potentiels, FirstDate utilise le Gale-Shapley Stable Marriage Algorithm, élaboré en 1962 par les mathématiciens David Gale et Lloyd Shapley.

Son objectif n’est pas simplement de déterminer quels profils plaisent le plus, mais de former des duos dans lesquels les préférences de chacun sont prises en compte afin d’identifier les personnes les plus compatibles.

Les travaux de Lloyd Shapley sur les allocations stables ont ensuite contribué au prix de la Banque de Suède en sciences économiques en mémoire d’Alfred Nobel qu’il a reçu en 2012 avec l’économiste Alvin Roth.

L’utilisation de cet algorithme illustre l’approche très singapourienne du sujet : appliquer à la rencontre amoureuse une méthode structurée destinée à privilégier la compatibilité plutôt que l’accumulation de profils.

Quand l’État singapourien joue les entremetteurs

FirstDate peut sembler étonnant. Pourtant, l’idée que l’État puisse favoriser les rencontres n’est absolument pas nouvelle à Singapour.

Dès 1984, le gouvernement avait créé le Social Development Unit (SDU) afin de favoriser les rencontres entre célibataires, à l’origine notamment parmi les diplômés. L’organisme organisait des activités sociales permettant aux femmes et aux hommes de se rencontrer.

Le dispositif n’avait pas toujours été accueilli avec enthousiasme, certains Singapouriens avaient détourné l’acronyme SDU en « Single, Desperate and Ugly ». ( Célibataire, désespéré et moche !)

Plus de quarante ans plus tard, l’algorithme a remplacé les soirées organisées, mais la question reste la même : jusqu’où un État peut-il intervenir pour favoriser la formation des couples ?

Une politique nataliste qui ne s’arrête plus aux aides financières

Singapour ne mise évidemment pas uniquement sur les rencontres. Le gouvernement a multiplié les dispositifs financiers, familiaux, immobiliers et professionnels destinés à faciliter la parentalité.

En 2026, il a également engagé un « Marriage & Parenthood Reset », vaste réflexion sur les conditions permettant aux Singapouriens de se marier et d’avoir des enfants.

Congés parentaux, coût de l’éducation, garde des enfants, logement, organisation du travail : la stratégie cherche désormais à agir sur l’ensemble des obstacles rencontrés par les familles.

Mais le gouvernement reconnaît aussi une réalité située plus en amont : encore faut-il que les célibataires puissent se rencontrer et former un couple.

FirstDate ne constitue pas officiellement un programme nataliste et GovTech précise qu’aucune décision n’a encore été prise concernant son extension au-delà de cette expérimentation auprès des jeunes agents publics.

Son apparition est néanmoins révélatrice. Dans un pays où la fécondité est passée sous la barre de 0,9 enfant par femme, la politique démographique ne concerne plus seulement les parents. Elle commence désormais dès le premier rendez-vous.

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