Mid-Terms – Ohio : « Drunk Mom », médicaments, vie privée… Amy Acton ciblée par une campagne d’une rare violence

AccueilPolitiqueMid-Terms - Ohio : « Drunk Mom », médicaments, vie privée… Amy...

À moins d’un mois des élections américaines de mi-mandat, la campagne pour le poste de gouverneur de l’Ohio s’est transformée en affrontement particulièrement personnel. La démocrate Amy Acton, ancienne directrice de la santé publique de l’État, affronte l’entrepreneur républicain Vivek Ramaswamy dans une course serrée où les divergences politiques sont progressivement concurrencées par les attaques sur la vie privée, l’alcool, les médicaments ou encore le parcours professionnel des candidats.

Le scrutin est d’autant plus observé que l’Ohio s’est nettement ancré à droite ces dernières années. Donald Trump s’y est déplacé début octobre pour soutenir Ramaswamy et les candidats républicains, alors que plusieurs élections importantes y sont disputées.

Une dispute conjugale de 2019 transformée en arme politique

Les attaques les plus personnelles contre Amy Acton trouvent leur origine dans une soirée d’août 2019.

L’une de ses filles avait appelé la police alors que sa mère et son beau-père se disputaient à leur domicile. Selon le rapport de police, les deux époux avaient consommé de l’alcool et Acton avait pris des médicaments sur ordonnance. Un miroir était également tombé et s’était brisé. La police était repartie sans procéder à aucune arrestation.

L’équipe de la candidate affirme qu’elle avait bu un verre et que les médicaments étaient prescrits notamment contre les migraines et l’hypertension. Son mari a déclaré qu’il avait lui-même déclenché la dispute et que celle-ci était terminée lorsque les policiers étaient arrivés. Sept ans plus tard, cet épisode privé est devenu un élément central de la campagne négative menée contre elle.

Le Parti républicain de l’Ohio et des groupes soutenant Vivek Ramaswamy ont présenté Acton comme « violente » ou « instable ». Des images générées par ordinateur ont représenté sa voiture avec une plaque « Drunk Mom » — « mère ivre » — ou la candidate devant un miroir brisé. Une publicité associe son nom aux mots « Drinking. Drugs. Disaster. Disqualified », accompagnés d’un verre de vin, d’un flacon de médicaments et d’une femme inconsciente sur un canapé.

Une vérification de PolitiFact publiée fin septembre conclut que l’une de ces publicités utilise des documents remontant à plusieurs décennies, omet des éléments importants et construit une chronologie trompeuse autour de l’incident de 2019. Le rapport de police faisait état d’une dispute verbale n’ayant donné lieu à aucune arrestation et les documents médicaux cités ne démontraient pas de dépendance à l’alcool ou aux drogues.

Une campagne qui dépasse les désaccords sur le Covid

Amy Acton constitue depuis plusieurs années une cible politique dans l’Ohio en raison de son rôle pendant la pandémie de Covid-19. Directrice de la santé publique de l’État en 2020, elle avait notamment signé l’ordre sanitaire fermant les bureaux de vote lorsque la primaire avait été reportée.

Ramaswamy l’a accusée d’avoir elle-même « annulé » l’élection. Une affirmation jugée trompeuse par PolitiFact : le gouverneur républicain Mike DeWine a déclaré que la décision de reporter le scrutin lui appartenait, même si Acton avait ensuite signé l’ordre permettant matériellement la fermeture des bureaux de vote.

La campagne actuelle franchit cependant une autre étape : elle ne porte plus seulement sur les décisions prises par Acton lorsqu’elle exerçait une responsabilité publique, mais sur un épisode de sa vie familiale et sur sa consommation supposée d’alcool ou de médicaments.

Jai Chabria, principal stratège de Vivek Ramaswamy, a souligné auprès du New York Times que plusieurs de ces publicités provenaient de groupes extérieurs et non directement de la campagne du candidat. Il en a néanmoins défendu le contenu, estimant que les faits évoqués permettaient de juger la capacité d’Acton à exercer une fonction exécutive.

La candidate démocrate a, elle, invoqué les attaques contre elle et sa famille pour expliquer son refus de débattre avec Ramaswamy.

Ramaswamy attaqué sur sa fortune et son passé dans la pharmacie

Les démocrates ne se privent pas non plus d’attaques négatives. Leur offensive contre Vivek Ramaswamy vise principalement son parcours d’entrepreneur et la fortune qu’il a constituée dans les biotechnologies.

Certaines publicités le qualifient de « con man » ou de « swindler » — escroc ou arnaqueur — et reviennent sur l’histoire d’Axovant, entreprise créée pour développer l’intepirdine, un traitement expérimental contre la maladie d’Alzheimer.

Le médicament avait été abandonné par GlaxoSmithKline après plusieurs essais avant d’être acquis par la société de Ramaswamy. Axovant est ensuite entrée en Bourse et sa valorisation a approché les trois milliards de dollars. Ramaswamy avait entre-temps réalisé d’importants gains financiers. En 2017, l’intepirdine a échoué lors d’un nouvel essai clinique et l’action de l’entreprise s’est effondrée.

Le camp Acton présente cette histoire comme celle d’un entrepreneur qui aurait fait fortune en suscitant de faux espoirs autour d’un médicament. Certaines publicités suggèrent même une forme d’escroquerie. Ramaswamy récuse cette interprétation et aucune autorité ne l’a accusé des infractions pénales que peuvent laisser entendre certains messages de campagne.

L’affrontement est donc négatif des deux côtés, mais il ne porte pas exactement sur les mêmes registres : le passé économique et les pratiques professionnelles de Ramaswamy sont opposés à la vie familiale, au comportement privé et à la santé supposée d’Acton.

Aux États-Unis, des campagnes de plus en plus personnelles, désormais amplifiées par l’IA

Les attaques personnelles ne sont pas nouvelles dans la politique américaine, mais plusieurs campagnes récentes montrent jusqu’où peut aller la stratégie consistant à définir un candidat par un scandale, sa personnalité ou des images dévalorisantes plutôt que par son programme. En Caroline du Nord en 2024, la campagne pour le poste de gouverneur s’était largement transformée en référendum sur Mark Robinson après la révélation de messages racistes et sexuellement explicites qui lui étaient attribués ; les démocrates avaient massivement utilisé ses déclarations et controverses dans leurs publicités. En 2026, une nouvelle étape est franchie avec l’intelligence artificielle : au Texas, des vidéos générées par IA ont représenté des candidats tenant des propos qu’ils n’avaient jamais prononcés, tandis qu’à New York des publicités politiques ont mis en scène des versions artificielles de responsables démocrates. Une étude citée par l’Associated Press avait identifié 164 publicités politiques utilisant l’IA dans les élections de 2026. Dans la course au Sénat au Texas, James Talarico a également dénoncé des vidéos générées par IA utilisées pour déformer ses positions, tandis que les attaques contre son adversaire Ken Paxton se concentrent notamment sur ses propres controverses personnelles et judiciaires.

Cette évolution brouille davantage la frontière entre critique politique, attaque personnelle et fabrication d’une représentation de l’adversaire.

Une stratégie efficace auprès des électeurs ?

Rien ne permet pourtant d’affirmer que l’escalade des attaques personnelles bouleverse le comportement des électeurs.

Les données citées par le New York Times montrent que les lignes partisanes restent fortes : Ramaswamy conserve notamment un avantage important auprès des électeurs sans diplôme universitaire, tandis qu’Acton domine largement auprès des diplômés du supérieur, conformément aux clivages qui structurent désormais largement l’électorat américain.

La violence des publicités pourrait même poser une autre question aux stratèges : à force de vouloir disqualifier l’adversaire personnellement, finissent-elles par mobiliser les électeurs ou par les détourner de la campagne ?

Dans l’Ohio, la confrontation entre Amy Acton et Vivek Ramaswamy dépasse ainsi la seule bataille pour le poste de gouverneur. Elle illustre une transformation plus large de la communication électorale américaine : il ne s’agit plus seulement de combattre les idées de l’adversaire, mais de construire une image suffisamment négative de sa personne pour rendre sa parole, son parcours et jusqu’à sa vie privée politiquement disqualifiants.

Découvrez aussi