Pour la première fois de son histoire, le Maroc sera dirigé par une femme. Le roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri à la tête du gouvernement, mardi 29 septembre 2026, après la victoire de son parti, le Parti authenticité et modernité (PAM), aux élections législatives. À 50 ans, l’avocate, ministre et maire de Marrakech franchit un nouveau plafond de verre dans un pays où les femmes restent minoritaires dans les lieux de pouvoir politique.
C’est une première dans l’histoire politique du Maroc. Le roi Mohammed VI a nommé Fatima Ezzahra El Mansouri cheffe du gouvernement et l’a chargée de constituer le prochain exécutif, à l’issue des élections législatives du 23 septembre 2026.
Cette nomination intervient après la victoire du Parti authenticité et modernité (PAM), arrivé en tête avec 97 sièges sur les 395 que compte la Chambre des représentants. Le Rassemblement national des indépendants (RNI) du chef du gouvernement sortant Aziz Akhannouch arrive deuxième avec 66 sièges, devant le Parti de l’Istiqlal, qui en obtient 65. Le Parti de la justice et du développement (PJD) remonte quant à lui à 54 sièges.
Aucune formation ne disposant de la majorité absolue, Fatima Ezzahra El Mansouri doit désormais négocier une coalition capable de gouverner pendant les cinq prochaines années.
Fatima Ezzahra El Mansouri, première femme cheffe du gouvernement au Maroc
À 50 ans, Fatima Ezzahra El Mansouri ajoute ainsi une nouvelle première à une carrière politique déjà jalonnée de ruptures symboliques.
Née à Marrakech en 1976 et avocate de formation, elle étudie notamment le droit à l’université de Montpellier avant de compléter sa formation aux États-Unis. Revenue au Maroc, elle exerce comme avocate, notamment dans les domaines commercial, foncier et immobilier.
Son ascension politique est rapide. Elle participe à la création du Parti authenticité et modernité en 2008. Un an plus tard, à seulement 33 ans, elle est élue maire de Marrakech et devient la première femme à diriger la ville. Elle retrouve cette fonction après les élections locales de 2021.
Elle entre parallèlement au gouvernement d’Aziz Akhannouch en 2021 comme ministre de l’Aménagement du territoire national, de l’Urbanisme, de l’Habitat et de la Politique de la ville. Elle s’impose progressivement parmi les principales figures du PAM avant d’en devenir l’une des dirigeantes.
Dix-sept ans après son arrivée à la mairie de Marrakech, elle franchit donc un seuil politique inédit : aucune femme n’avait encore dirigé le gouvernement marocain.
Une victoire historique, mais sans majorité absolue
La portée symbolique de la nomination ne doit pas masquer l’équation politique qui attend la nouvelle cheffe du gouvernement.
Avec 97 députés sur 395, le PAM est la première force de la Chambre des représentants, mais reste très loin des 198 sièges nécessaires pour disposer seul d’une majorité absolue. Fatima Ezzahra El Mansouri doit donc construire une coalition.
Les deux partenaires de la coalition sortante arrivent immédiatement derrière le PAM : le RNI obtient 66 sièges et l’Istiqlal 65. À eux trois, PAM, RNI et Istiqlal dépasseraient largement la majorité absolue, mais la composition du futur gouvernement dépend désormais des négociations engagées par la nouvelle cheffe du gouvernement.
Le PJD, formation islamiste qui avait dirigé le gouvernement marocain entre 2011 et 2021, retrouve de son côté une place importante avec 54 députés, contre seulement 13 lors des élections de 2021.
Seulement 38 % de participation aux législatives
L’autre chiffre majeur du scrutin est celui de l’abstention.
La participation s’est établie à 38,02 %, contre environ 50 % lors des élections de 2021. Il s’agit du niveau le plus faible enregistré depuis 2007.
La victoire du PAM et la nomination historique d’une femme interviennent donc dans un contexte de défiance politique et de fortes attentes sociales, particulièrement chez les jeunes.
Emploi, pouvoir d’achat, santé, éducation et protection sociale ont occupé une place importante dans la campagne. Le PAM a notamment promis la création d’un million d’emplois sur cinq ans, tout en annonçant de nouveaux investissements dans les politiques sociales.
Le chômage des jeunes constitue l’un des principaux défis : selon les données citées par Al-Monitor à partir du Haut-Commissariat au Plan marocain, le chômage des 15-24 ans avait atteint 37,2 % en 2025.
La nouvelle cheffe du gouvernement devra également piloter une période stratégique pour le royaume, qui prépare avec l’Espagne et le Portugal la Coupe du monde de football 2030.
Une femme au sommet dans un paysage politique encore très masculin
La nomination de Fatima Ezzahra El Mansouri prend une dimension particulière lorsqu’elle est replacée dans la représentation politique des Marocaines.
Les dernières données disponibles avant le scrutin de 2026 indiquaient que les femmes occupaient environ 24 % des sièges du Parlement marocain. Elles restaient donc très loin de la parité.
L’arrivée d’une femme à la tête du gouvernement constitue ainsi une rupture au sommet de l’État sans signifier, à elle seule, que l’égalité politique est atteinte.
Le système marocain possède par ailleurs une architecture institutionnelle particulière. Selon la Constitution de 2011, le roi nomme le chef du gouvernement au sein du parti arrivé en tête des élections législatives. Le souverain conserve en parallèle d’importantes prérogatives, notamment dans les domaines stratégiques et régaliens.
La question sera donc double : quelle marge politique Fatima Ezzahra El Mansouri parviendra-t-elle à exercer à la tête de sa coalition, et sa nomination entraînera-t-elle une progression plus large des femmes dans les lieux de décision marocains ?
De Marrakech à la tête du gouvernement
Le parcours de Fatima Ezzahra El Mansouri donne à cette nomination une dimension supplémentaire. En 2009, son élection à Marrakech avait déjà constitué une première historique. En 2026, elle atteint le sommet du gouvernement après avoir exercé successivement des responsabilités locales, parlementaires, partisanes et ministérielles.
Sa nomination fait également écho à une évolution, encore très limitée, observée dans le monde arabe. La Tunisienne Najla Bouden avait ouvert une première brèche en devenant en 2021 la première femme à diriger un gouvernement dans un pays arabe. Les sources divergent sur le décompte exact des femmes ayant ensuite occupé une fonction équivalente dans la région, selon les fonctions retenues et les systèmes institutionnels ; le caractère inédit de la nomination d’El Mansouri au Maroc, lui, ne fait aucun doute.
Pour Fatima Ezzahra El Mansouri, le symbole est désormais acquis. Le défi commence avec l’exercice du pouvoir : former une majorité, répondre à une forte demande sociale et gouverner un pays dont près de deux électeurs sur trois ne se sont pas déplacés lors du scrutin qui vient de la porter au sommet de l’exécutif.
