Italie : jupe longue, fidélité, «bonne mère»… les élues répondent à Antonio Tajani en minijupe

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En Italie, les propos d’Antonio Tajani sur les femmes, leur fidélité et la longueur de leurs jupes ont déclenché une polémique nationale. Le vice-président du Conseil et ministre des Affaires étrangères a opposé la femme « glamour », susceptible selon lui d’être infidèle, à une femme moins voyante, plus « sérieuse », future « bonne mère » et portant une jupe plus longue. La réponse est venue des femmes politiques elles-mêmes : Chiara Appendino s’est affichée en minijupe, avant que des sénatrices ne fassent de même au Sénat italien. Une controverse qui pose une question ancienne : pourquoi l’apparence des femmes continue-t-elle d’être associée à leur vertu et à leur respectabilité ?

Antonio Tajani associe jupe longue, fidélité et « bonne mère »

Tout commence à Formello, près de Rome, lors de « Itaca », un événement politique organisé par Giuseppe Cangemi. Pour parler de choix électoral et de fiabilité politique, Antonio Tajani, vice-président du Conseil italien, ministre des Affaires étrangères et dirigeant de Forza Italia, choisit une comparaison inattendue : celle de la femme qu’il conseillerait à son fils d’épouser.

Il imagine d’abord une femme « affascinante », séduisante, mais qui aurait changé plusieurs fois de petit ami et pourrait avoir tendance à être infidèle. Face à elle, Tajani décrit une autre femme, « moins voyante », mais « plus fiable » et « plus sérieuse », dont il estime qu’elle deviendra une « bonne mère de famille » et respectera son engagement matrimonial. C’est cette seconde femme qu’il conseillerait à son fils de choisir. (ANSA.it)

Le ministre ajoute alors le détail qui va cristalliser la polémique : cette femme « sérieuse » pourrait porter « des jupes un peu plus longues » que l’autre. Dans son raisonnement, l’apparence, la longueur du vêtement, la fidélité conjugale, la stabilité familiale et les qualités maternelles se retrouvent ainsi associées dans une même représentation de la femme « fiable ».

Tajani applique également sa comparaison aux hommes, opposant le « playboy » musclé à l’homme qui se rend au bureau en costume-cravate, afin d’illustrer son appel à choisir en politique la personne qu’il considère comme la plus fiable. Mais ce sont surtout ses propos sur les femmes qui provoquent immédiatement des réactions dans l’opposition.

Chiara Appendino répond à Antonio Tajani… en minijupe

La réponse la plus visuelle vient de Chiara Appendino, députée du Mouvement 5 étoiles et ancienne maire de Turin. Elle publie une photographie d’elle assise sur un banc, vêtue d’une minijupe, et interpelle directement Antonio Tajani.

« Tajani, ne suis-je pas une femme fiable ? Ne suis-je pas une bonne mère ? »

Elle poursuit : en 2026, explique-t-elle, un ministre de la République ne devrait plus expliquer qu’il serait préférable d’épouser une femme moins voyante et portant une jupe plus longue. Sa conclusion résume rapidement la contestation : « Notre fiabilité ne se mesure pas en centimètres de tissu. »

La minijupe devient dès lors un symbole politique. La question n’est plus seulement celle d’une déclaration maladroite : les opposantes de Tajani contestent plus largement l’idée selon laquelle le vêtement d’une femme pourrait renseigner sur sa moralité, sa sexualité, sa fidélité ou ses qualités maternelles.

Maria Elena Boschi, figure d’Italia Viva, réagit elle aussi en ironisant sur l’éventualité d’un décret imposant la longueur des jupes à l’école, au travail ou au Parlement. La sénatrice Valeria Valente, du Parti démocrate, dénonce pour sa part une représentation de la femme réduite au rôle d’« ange du foyer », fidèle à son mari, à ses enfants et à sa jupe longue.

Des sénatrices en minijupe au Parlement italien

La contestation quitte ensuite les réseaux sociaux pour entrer directement au Sénat italien.

Le 22 septembre 2026, à l’initiative de Raffaella Paita, présidente du groupe Italia Viva au Sénat, plusieurs sénatrices de l’opposition se présentent en jupe ou en minijupe à Palazzo Madama. Des élues du Parti démocrate, d’Italia Viva, d’Alliance Verts-Gauche, du Mouvement 5 étoiles et du groupe des Autonomies participent à cette mobilisation.

Parmi elles figurent notamment Susanna Camusso, Cecilia D’Elia, Ilaria Cucchi, Valeria Valente, Simona Malpezzi, Silvia Fregolent, Daniela Sbrollini, Dafne Musolino et Julia Unterberger. (la Repubblica)

Raffaella Paita explique le sens du geste : « Nous sommes libres de nous habiller comme nous voulons », et cette liberté doit pouvoir s’exercer sans être soumise au jugement des hommes. Alessandra Maiorino, sénatrice du Mouvement 5 étoiles arrivée vêtue d’une jupe longue, choisit l’ironie : « Au moins, moi, je suis plus fiable », en référence directe aux propos de Tajani.

La réponse politique renverse ainsi le symbole utilisé par le ministre : la jupe, qui servait à distinguer dans son propos la femme supposément « sérieuse » de celle qui le serait moins, devient un moyen de revendiquer la liberté des femmes de disposer de leur apparence sans que celle-ci détermine leur valeur.

Roberto Vannacci : « Je préfère sans jupe »

Alors que la polémique provoquée par Antonio Tajani se poursuit, Roberto Vannacci, ancien général et dirigeant de Futuro Nazionale, l’alimente à son tour.

Interrogé sur Sky TG24 sur sa préférence entre une femme en jupe longue et une femme en jupe courte, il répond : « Entre une jupe longue et une jupe courte, je préfère sans jupe. » Il justifie ensuite sa déclaration en expliquant qu’une question posée sur un ton léger appelait, selon lui, une réponse tout aussi légère.

La déclaration provoque une nouvelle série de réactions. Vannacci affirme ensuite que ce n’est pas un vêtement qui permet de qualifier une femme et maintient ses propos, tandis que les sénatrices mobilisées à Palazzo Madama dénoncent une nouvelle réduction des femmes à leur apparence et à leur corps.

Antonio Tajani présente ses excuses aux femmes

Face à l’ampleur de la controverse, Antonio Tajani finit par présenter ses excuses.

Depuis New York, où il participe à l’Assemblée générale des Nations unies, il déclare : « Je m’excuse si des personnes se sont senties offensées par ce que j’ai dit, mais je n’ai jamais pensé à offenser les femmes. »

Pour défendre son engagement en faveur des droits des femmes, le ministre évoque notamment sa décision de nommer des femmes aux postes d’ambassadrices italiennes en Iran et en Afghanistan, expliquant avoir voulu envoyer ainsi un signal sur la nécessité de défendre les droits des femmes dans le monde.

Les excuses n’effacent cependant pas le débat suscité par ses propos. Car au-delà de l’intention revendiquée par Antonio Tajani, la polémique met en lumière un mécanisme beaucoup plus ancien : l’association entre le corps d’une femme, sa manière de s’habiller et un jugement sur sa respectabilité.

De la longueur de la jupe à la « vertu » des femmes

C’est probablement là que cette controverse italienne devient plus intéressante qu’une simple polémique politique.

Dans la comparaison utilisée par Antonio Tajani, plusieurs caractéristiques sont reliées entre elles : la femme moins voyante porte une jupe plus longue, serait plus fidèle, plus stable et susceptible de devenir une « bonne mère ». À l’inverse, la femme plus séduisante et ayant connu davantage de partenaires apparaît comme potentiellement moins fiable.

Autrement dit, le vêtement devient implicitement un indice de vertu.

Cette association traverse depuis longtemps les normes imposées aux femmes : une tenue peut être jugée trop courte, trop décolletée, trop voyante ou trop sexualisée, avant que ce jugement sur l’apparence ne se transforme en jugement sur la personne elle-même.

La réaction de Chiara Appendino résume précisément le problème : la fiabilité d’une femme ne peut pas se mesurer « en centimètres de tissu ».

C’est également ce qui donne sa force à la photographie des sénatrices italiennes. Elles ne défendent pas la minijupe contre la jupe longue et ne proposent pas une nouvelle norme vestimentaire. Elles défendent le droit de porter l’une ou l’autre sans que quelques centimètres de tissu permettent d’en déduire leur fidélité, leur sexualité, leur aptitude à devenir mère ou leur crédibilité politique.

En Italie, la minijupe devient une réponse politique

En quelques jours, une métaphore utilisée par Antonio Tajani pour parler de politique s’est donc transformée en débat national sur les représentations des femmes.

La séquence est particulièrement révélatrice : un responsable politique associe la femme « sérieuse » à une jupe plus longue ; une députée répond en minijupe ; plusieurs sénatrices reprennent le symbole jusque dans l’enceinte du Parlement ; Roberto Vannacci ajoute une remarque sur les femmes « sans jupe » ; Antonio Tajani présente finalement ses excuses.

Au centre de cette succession de déclarations et d’images demeure pourtant une question extrêmement simple : en 2026, pourquoi la tenue d’une femme devrait-elle encore permettre de porter un jugement sur sa vertu ?

Les élues italiennes ont choisi de répondre sans changer de registre.

Puisque la longueur de leur jupe avait été utilisée pour parler de leur valeur, elles ont fait de la minijupe une prise de parole politique.

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