Yvette Roudy, figure majeure du féminisme français et première ministre des Droits de la femme, est décédée le 18 août 2026 à l’âge de 97 ans. Son nom reste associé à certaines des plus grandes avancées législatives en faveur des droits des femmes en France, du remboursement de l’interruption volontaire de grossesse (IVG) à la loi sur l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes. Avec sa disparition, la France perd une pionnière dont l’héritage continue de structurer les politiques publiques en matière d’égalité.
Qui était Yvette Roudy ?
Née le 10 avril 1929 à Pessac, Yvette Roudy s’engage très tôt en politique et rejoint le Parti socialiste. Convaincue que l’égalité entre les femmes et les hommes ne peut être obtenue sans une véritable volonté politique, elle fait de ce combat le fil conducteur de toute sa carrière.
Lorsque François Mitterrand est élu président de la République en 1981, il crée un ministère inédit : le ministère des Droits de la femme. Contrairement aux précédents secrétariats d’État consacrés à la « condition féminine », cette nouvelle appellation marque une rupture symbolique et politique. Yvette Roudy devient ainsi la première femme à diriger un ministère entièrement consacré aux droits des femmes, fonction qu’elle occupe jusqu’en 1986.
Cette décision fait entrer, pour la première fois, les droits des femmes au cœur de l’action gouvernementale française.
Le remboursement de l’IVG : une réforme historique
Si la loi Veil de 1975 avait légalisé l’interruption volontaire de grossesse, celle-ci restait inaccessible pour de nombreuses femmes en raison de son coût.
Sous l’impulsion d’Yvette Roudy, l’IVG est remboursée par la Sécurité sociale, supprimant un obstacle économique majeur et consacrant l’accès effectif à ce droit fondamental.
Cette mesure constitue encore aujourd’hui l’une des réformes les plus importantes de son mandat.
La loi Roudy de 1983 : une étape décisive pour l’égalité professionnelle
Le nom d’Yvette Roudy demeure surtout attaché à la loi du 13 juillet 1983, dite loi Roudy, relative à l’égalité professionnelle entre les femmes et les hommes.
Cette loi impose aux entreprises le principe d’égalité de traitement en matière de recrutement, de rémunération, de promotion et de conditions de travail. Elle introduit également l’obligation de produire des rapports permettant d’évaluer les écarts entre les femmes et les hommes, ouvrant la voie aux futurs index de l’égalité professionnelle.
Quarante ans plus tard, cette loi reste l’un des piliers du droit français en matière d’égalité au travail.
Une vision en avance sur son époque
Yvette Roudy ne s’est pas limitée aux réformes adoptées.
Elle défend dès les années 1980 l’instauration de quotas pour favoriser la représentation politique des femmes. En 1983, sa proposition visant à imposer un minimum de 25 % de candidates sur les listes électorales est censurée par le Conseil constitutionnel.
Elle milite également pour la féminisation des noms de métiers et des fonctions, une idée qui suscite alors de fortes résistances mais qui finira par s’imposer progressivement dans les administrations, les médias et la société.
Beaucoup des débats qui traversent aujourd’hui la vie publique étaient déjà portés par Yvette Roudy il y a plus de quarante ans.
Une inspiratrice de la loi sur la parité
Après avoir quitté le gouvernement, Yvette Roudy poursuit son engagement féministe.
Elle figure parmi les principales inspiratrices de la loi sur la parité de 2000 portée par le gouvernement de Lionel Jospin. Cette réforme oblige progressivement les partis politiques à présenter davantage de femmes aux élections et transforme durablement la représentation politique française.
Son influence dépasse largement son mandat ministériel.
Une militante jusqu’à la fin de sa vie
Députée du Calvados pendant plusieurs mandats, membre de la Grande Loge féminine de France et personnalité incontournable du mouvement féministe, Yvette Roudy est restée engagée jusqu’à ses dernières années.
Selon son entourage, elle demeurait particulièrement attentive aux nouvelles générations, convaincue que les droits des femmes n’étaient jamais définitivement acquis.
Cette vigilance constante trouve un écho particulier dans un contexte où les droits reproductifs, l’égalité salariale ou encore les violences sexistes demeurent des sujets de mobilisation en France comme à l’international.
Une pluie d’hommages
À l’annonce de son décès, le président de la République a salué « une pionnière » ayant fait « entrer l’égalité au cœur de l’action gouvernementale ».
La ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes, Aurore Bergé, a rendu hommage à une militante « exigeante, libre et infatigable », rappelant que les droits des femmes doivent être continuellement défendus.
De nombreuses personnalités politiques, de François Hollande à Jean-Luc Mélenchon, ainsi que le Parti socialiste, Laurence Rossignol ou encore la Grande Loge féminine de France ont également salué celle qui a profondément transformé le droit français.
Un héritage toujours vivant
Le remboursement de l’IVG, la loi sur l’égalité professionnelle, les premières réflexions sur la parité, la féminisation des fonctions ou encore la reconnaissance institutionnelle des droits des femmes : autant d’avancées qui portent encore l’empreinte d’Yvette Roudy.
Son parcours rappelle que les grandes conquêtes en matière d’égalité sont souvent le fruit d’années de combats politiques, d’oppositions et de convictions.
À l’heure où les droits des femmes restent contestés dans de nombreuses régions du monde, l’héritage d’Yvette Roudy demeure d’une actualité saisissante.
