Bonnes Mères au Mucem : une exposition puissante qui déconstruit le mythe de la mère parfaite

AccueilCultureBonnes Mères au Mucem : une exposition puissante qui déconstruit le mythe...

À Marseille, le Mucem consacre une grande exposition à la maternité sous toutes ses formes. Entre art, histoire, féminisme et récits de vie, Bonnes Mères explore les joies, les injonctions, les combats et les contradictions qui accompagnent l’expérience maternelle. Une exposition ambitieuse qui résonne particulièrement à l’occasion de la fête des mères.

De la Madone à la daronne : raconter toutes les maternités

Qu’est-ce qu’une « bonne mère » ?

Derrière cette expression familière se cachent des siècles de représentations, de normes sociales, de croyances religieuses et d’attentes parfois contradictoires envers les femmes.

Avec l’exposition Bonnes Mères, présentée jusqu’au 31 août 2026 au Mucem à Marseille, le Musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée propose une plongée inédite dans l’histoire de la maternité à travers plus de 350 œuvres et objets provenant d’une vingtaine de pays du bassin méditerranéen.

L’exposition est co-commissariée par Caroline Chenu, chargée de recherches au Mucem, et Anne-Cécile Mailfert, présidente de la Fondation des Femmes.

Le point de départ est hautement symbolique : la « Bonne Mère », surnom donné à Notre-Dame de la Garde, figure protectrice qui domine Marseille depuis sa colline. Une image réinterprétée pour l’affiche de l’exposition par le duo Pierre et Gilles, avec l’actrice et réalisatrice Hafsia Herzi tenant un enfant dans un décor urbain contemporain.

La maternité, entre puissance et contrôle

L’un des mérites de l’exposition est de refuser toute vision simpliste de la maternité.

Le parcours débute avec les déesses mères, figures antiques incarnant la fertilité, la création et la puissance de donner la vie. Parmi les œuvres marquantes figure une création de l’artiste ivoirienne Laetitia Ky représentant une femme noire mettant au monde la planète Terre, réinterprétation contemporaine de L’Origine du monde de Courbet.

Mais cette capacité unique à enfanter a également fait l’objet, au fil des siècles, de tentatives de contrôle social, politique ou religieux.

Comme le souligne Anne-Cécile Mailfert, la maternité reste encore aujourd’hui une injonction adressée aux femmes. Être mère est souvent présenté comme un accomplissement naturel, alors même que les femmes continuent de revendiquer le droit de choisir librement leur destin.

Cette tension traverse l’ensemble de l’exposition.

Bonnes Mères, Mucem, ACTES SUD

Le droit d’être mère… ou de ne pas l’être

Ex-voto dédiés à la fertilité, objets liés à la procréation médicalement assistée, affiches du Mouvement de libération des femmes, archives du Planning familial ou œuvres consacrées à l’avortement : Bonnes Mères retrace également les combats pour la maîtrise du corps des femmes.

L’exposition rappelle que la maternité n’est pas seulement une expérience intime ; elle constitue aussi un enjeu politique majeur.

Les visiteurs découvrent notamment l’œuvre Avant Simone de l’artiste marseillaise Edith Laplane, ancienne gynécologue, hommage aux luttes ayant précédé la loi Veil de 1975 légalisant l’interruption volontaire de grossesse en France.

À travers ces œuvres, le Mucem interroge la liberté de devenir mère, mais aussi celle de ne pas le devenir.

Les mères invisibles, endeuillées ou empêchées

Loin des images idéalisées souvent associées à la fête des mères, l’exposition accorde une place importante aux réalités plus douloureuses.

Les visiteurs croisent des témoignages de deuil périnatal, des récits d’abandon, des représentations de femmes confrontées à la perte d’un enfant ou à l’impossibilité de devenir mère.

Une photographie particulièrement émouvante montre une mère italienne tenant le portrait de son fils disparu dans un conflit mafieux.

Ces « Mater Dolorosa » rappellent que la maternité est aussi faite de fragilités, de blessures et d’absences.

Transmission, héritage et charge mentale

La dernière partie de l’exposition s’intéresse à la transmission entre les générations.

Que transmettent les mères à leurs filles ? À leurs fils ? Quels héritages matériels, affectifs, culturels ou symboliques laissent-elles derrière elles ?

Le parcours se clôt sur un dispositif participatif particulièrement marquant : un « CV de la Bonne Mère » élaboré lors d’ateliers d’écriture, notamment avec des femmes détenues.

On peut y lire cette phrase qui résume à elle seule les contradictions contemporaines de la maternité :

« Une femme qui travaille comme si elle n’avait pas d’enfants et élève ses enfants comme si elle n’avait pas de travail. »

Une formule qui fait écho aux débats actuels sur la charge mentale, la conciliation entre vie professionnelle et vie familiale, et les inégalités persistantes dans la répartition des responsabilités parentales.

Une exposition nécessaire

À l’heure où les débats sur la parentalité, les droits reproductifs, la PMA, l’avortement ou encore la charge mentale occupent une place croissante dans l’espace public, Bonnes Mères apparaît comme une exposition profondément contemporaine.

En réunissant œuvres d’art, archives, objets du quotidien et témoignages, le Mucem rappelle qu’il n’existe pas une seule façon d’être mère.

Ni mère parfaite.

Ni modèle unique.

Seulement des femmes, avec leurs parcours, leurs choix, leurs combats, leurs joies et leurs contradictions. Et c’est précisément ce que cette exposition donne à voir avec intelligence, sensibilité et puissance.

Bonnes Mères
Mucem, Marseille
Jusqu’au 31 août 2026

 

Découvrez aussi