Qui sont les cinq chercheuses récompensées par le Prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2026 ?

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Chaque année, des milliers de publications scientifiques font progresser la médecine, les sciences du vivant, l’agriculture ou encore les technologies de demain. Pourtant, rares sont celles qui franchissent le cercle des laboratoires pour parvenir jusqu’au grand public. Les noms des chercheurs qui révolutionnent notre compréhension du cerveau, du génome humain, du climat ou des maladies cardiovasculaires restent souvent inconnus, alors même que leurs travaux façonneront les politiques de santé, l’alimentation ou les traitements médicaux des prochaines décennies.

Cinq femmes, cinq continents, cinq découvertes qui pourraient transformer notre avenir

C’est précisément l’ambition du Prix international L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science : rendre visibles celles qui repoussent les frontières de la connaissance tout en rappelant qu’une recherche plus diverse est aussi une recherche plus performante. Pour cette vingt-huitième édition, cinq scientifiques originaires d’Afrique du Sud, d’Australie, du Royaume-Uni, d’Argentine et des États-Unis ont été distinguées pour des travaux qui répondent à certains des défis les plus urgents de notre époque : améliorer la prise en charge des maladies cardiaques infantiles, comprendre les liens entre alimentation et santé mentale, cartographier le corps humain cellule par cellule, développer des cultures capables de résister aux sécheresses ou encore ouvrir une nouvelle ère de la médecine régénérative grâce aux « organes sur puce ».

À travers ces cinq parcours, c’est une certaine idée de la science qui est mise en avant. Une science qui ne se limite pas à l’accumulation de connaissances, mais qui cherche à répondre à des enjeux très concrets : sauver davantage d’enfants atteints de maladies cardiovasculaires, prévenir les troubles psychiatriques, renforcer la sécurité alimentaire dans un contexte de dérèglement climatique ou accélérer la mise au point de nouveaux traitements. Le fil conducteur qui relie ces recherches est clair : utiliser l’excellence scientifique pour améliorer durablement la vie de millions de personnes.

Mais cette édition 2026 intervient également dans un contexte particulier. Alors que plusieurs pays réduisent leurs financements publics consacrés à la recherche ou remettent en question certaines politiques de diversité, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO ont choisi de renouveler leur partenariat historique pour six années supplémentaires. Au-delà d’un engagement symbolique, cette décision traduit une conviction : les grands défis scientifiques mondiaux ne pourront être relevés sans permettre à l’ensemble des talents de contribuer à la recherche.

Les femmes dans la science : un combat qui dépasse désormais la question de l’égalité

Pendant longtemps, défendre la place des femmes dans les carrières scientifiques relevait essentiellement d’une revendication en faveur de l’égalité des chances. Il s’agissait de permettre aux jeunes filles d’accéder aux mêmes études, aux mêmes laboratoires et aux mêmes opportunités que leurs homologues masculins. Cette bataille reste loin d’être achevée. Pourtant, le débat a progressivement changé de nature.

Aujourd’hui, les grandes institutions internationales mettent en avant un autre argument, peut-être encore plus déterminant : la qualité même de la recherche dépend de la diversité des profils qui la produisent. Une science qui laisse une partie des talents au bord du chemin est une science qui se prive de nouvelles hypothèses, de nouvelles approches et parfois de découvertes majeures.

L’UNESCO le rappelle avec force dans son rapport accompagnant cette édition 2026. Les femmes ne représentent encore qu’environ un tiers des chercheurs dans le monde. Cette proportion diminue encore lorsqu’il s’agit des postes de direction des laboratoires, des académies scientifiques ou des grandes distinctions internationales. Depuis la création des prix Nobel en 1901, moins de 4 % des Nobel scientifiques ont été attribués à des femmes, tandis qu’elles ne représentent que 19 % des membres des académies nationales des sciences. Ces chiffres ne traduisent pas un déficit de compétences ; ils témoignent de barrières structurelles qui continuent d’accompagner les chercheuses tout au long de leur carrière.

Ces obstacles prennent des formes multiples : accès plus difficile aux financements, progression plus lente vers les postes de responsabilité, manque de visibilité, stéréotypes persistants, difficultés à concilier carrière scientifique et vie familiale. Pris isolément, chacun de ces freins peut sembler surmontable. Additionnés, ils expliquent en partie pourquoi les femmes restent encore minoritaires parmi les chercheurs les plus reconnus à l’échelle internationale.

Pour Khaled El-Enany, directeur général de l’UNESCO, cette situation dépasse largement la question de la représentation. « L’autonomisation des femmes dans le domaine scientifique n’est pas seulement une question d’équité, mais une condition essentielle à l’innovation et au développement durable », explique-t-il. Selon lui, les inégalités résultent moins d’un manque de compétences que de « stéréotypes persistants, d’inégalités de chances, d’un manque de visibilité et d’obstacles qui continuent d’entraver les talents à chaque étape d’une carrière scientifique ».

Cette idée est aujourd’hui largement documentée. Pendant des décennies, de nombreuses recherches biomédicales ont été conduites principalement sur des populations masculines. Certaines maladies cardiovasculaires ont ainsi été moins bien identifiées chez les femmes, retardant parfois le diagnostic ou la prise en charge. Dans d’autres domaines, l’absence de diversité au sein des équipes de recherche a pu influencer les questions posées, les protocoles retenus ou les priorités scientifiques. Promouvoir une plus grande diversité ne revient donc pas seulement à réparer une injustice historique : il s’agit aussi d’améliorer la qualité des connaissances produites.

Une science qui s’appauvrit lorsqu’elle se prive de la moitié des talents

Le président de la Fondation L’Oréal, Jean-Paul Agon, ne cache pas son inquiétude face au contexte actuel. Il évoque « un moment de recul » marqué par des coupes budgétaires massives et une remise en question des politiques de parité. Son constat est sans ambiguïté.

« Une science qui étouffe les voix féminines est une science qui s’appauvrit elle-même. »

Cette phrase résume l’évolution profonde du discours porté depuis plusieurs années par la Fondation L’Oréal et l’UNESCO. L’objectif n’est plus uniquement de distinguer des carrières exemplaires. Il s’agit désormais de démontrer que l’innovation scientifique mondiale dépend directement de la capacité des systèmes de recherche à mobiliser l’ensemble des talents disponibles.

Jean-Paul Agon souligne également que cette vingt-huitième édition marque un tournant historique. Le programme Pour les Femmes et la Science franchit le cap des 5 000 chercheuses accompagnées dans plus de 140 pays et territoires. Plus de 142 lauréates internationales ont déjà été distinguées depuis 1998, dont sept ont ensuite reçu un prix Nobel. Ce palmarès témoigne de la capacité du programme à identifier très tôt des scientifiques appelées à transformer durablement leur discipline.

Ces chiffres ne racontent cependant qu’une partie de l’histoire. Derrière chacun d’eux se trouvent des parcours souvent marqués par la persévérance, le doute, les sacrifices personnels et la volonté de poursuivre une carrière dans des environnements encore largement masculins. Plusieurs des lauréates 2026 racontent avoir dû interrompre temporairement leur activité, changer de continent, reconstruire leur carrière ou lutter contre des discriminations avant d’accéder aux plus hautes responsabilités scientifiques. Ces expériences personnelles donnent une profondeur particulière à leurs découvertes : elles rappellent que derrière chaque avancée scientifique se cache aussi une histoire humaine.

Des laboratoires aux politiques publiques : cinq parcours qui démontrent que la science peut changer des millions de vies

Si les cinq lauréates du Prix international L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2026 travaillent dans des disciplines très différentes.

Liesl Zühlke : la cardiologue qui veut que naître pauvre ne condamne plus un enfant atteint d’une maladie cardiaque

Certaines découvertes scientifiques naissent d’une intuition de laboratoire. D’autres prennent racine dans une réalité quotidienne, observée au chevet des patients. Le parcours de Liesl Zühlke appartient clairement à cette seconde catégorie.

Médecin, professeure à l’Université du Cap et vice-présidente du Conseil sud-africain de la recherche médicale, elle consacre depuis plus de vingt ans ses recherches aux maladies cardiaques qui touchent les enfants, en particulier les cardiopathies rhumatismales. Cette pathologie, largement oubliée dans les pays riches, demeure pourtant responsable d’un lourd tribut humain dans de nombreuses régions du monde. Elle frappe essentiellement les populations vivant dans la pauvreté, où les infections à streptocoques restent insuffisamment diagnostiquées et traitées.

Selon les données présentées dans son dossier de candidature, près d’un quart des cinquante millions de personnes touchées par cette maladie vivent en Afrique subsaharienne. Pourtant, pendant longtemps, cette pathologie a été considérée comme une fatalité davantage que comme un véritable enjeu de santé publique.

En démontrant que la cardiopathie rhumatismale ne pouvait être dissociée des inégalités sociales, des défaillances des systèmes de santé ou encore des conditions de vie, elle a contribué à faire évoluer le regard porté sur cette maladie. Ses recherches ont participé à convaincre les décideurs internationaux qu’il ne s’agissait pas uniquement d’une question médicale, mais également d’un enjeu de développement, de lutte contre la pauvreté et d’égalité d’accès aux soins.

Cette approche explique pourquoi ses travaux ont dépassé les frontières de la recherche académique. Les données produites par son équipe ont nourri les discussions de l’Organisation mondiale de la santé, influencé des stratégies nationales de prise en charge et contribué à faire reconnaître les cardiopathies rhumatismales comme une priorité internationale.

Liesl Zühlke ne se contente pourtant pas de mesurer l’impact de ses recherches à travers les publications scientifiques ou les indicateurs bibliométriques. Son objectif reste résolument tourné vers les patients.

« J’espère que nos résultats seront diffusés dans le monde entier et changeront la vie des personnes atteintes de cardiopathies infantiles. Cela permettra que, dans les pays à faible revenu, les personnes souffrant de pathologies cardiaques soient diagnostiquées rapidement et reçoivent les soins adaptés pour mener la meilleure vie possible. »

Cette volonté d’obtenir des résultats concrets l’a également conduite à travailler sur le développement d’un vaccin contre le streptocoque A, l’une des causes principales des cardiopathies rhumatismales. Son ambition est claire : rendre ces innovations accessibles aux pays où la maladie demeure endémique, et non les réserver aux systèmes de santé les plus riches.

Enfant, elle grandit en Afrique du Sud pendant l’apartheid. Très tôt fascinée par les biographies de Marie Curie, Louis Pasteur ou Edward Jenner, elle nourrit l’ambition de devenir médecin. La première transplantation cardiaque réalisée par Christiaan Barnard au Cap marque durablement son imaginaire et renforce sa vocation.

Sa carrière, pourtant, ne suit pas un chemin linéaire. Après son doctorat, elle quitte temporairement l’Afrique du Sud pour accompagner son mari, convaincue que cette décision mettra probablement fin à sa propre trajectoire scientifique. C’est finalement au cours de cette période qu’une chercheuse rencontrée en Europe lui redonne confiance et l’encourage à poursuivre ses ambitions. Cette rencontre constitue un tournant décisif.

Felice Jacka : la chercheuse qui a démontré que notre alimentation influence aussi notre cerveau

Lorsqu’elle débute sa carrière, l’idée selon laquelle l’alimentation pourrait jouer un rôle majeur dans la santé mentale suscite encore un certain scepticisme. Les liens entre nutrition et maladies cardiovasculaires sont largement étudiés. Ceux qui concernent le cerveau ou les troubles psychiatriques restent en revanche beaucoup plus marginaux.

La professeure australienne Felice Jacka va contribuer à bouleverser cette vision.

Aujourd’hui professeure émérite à l’Université Deakin et directrice du Food & Mood Centre, elle est considérée comme la fondatrice d’une discipline devenue incontournable : la psychiatrie nutritionnelle.

Ses recherches ont progressivement démontré que la qualité de l’alimentation ne constitue pas uniquement un facteur de prévention des maladies métaboliques ou cardiovasculaires. Elle influence également le fonctionnement du cerveau, le développement de certains troubles psychiatriques et la santé mentale tout au long de la vie.

Cette approche, qui pouvait sembler audacieuse il y a encore quinze ans, irrigue désormais une partie importante de la recherche internationale. Les mécanismes reliant microbiote intestinal, inflammation, alimentation et fonctionnement cérébral sont aujourd’hui étudiés dans de nombreux laboratoires, ouvrant de nouvelles perspectives thérapeutiques.

Pour Felice Jacka, cette évolution constitue l’un des grands changements de paradigme de la psychiatrie contemporaine : considérer la nutrition comme un déterminant majeur de la santé mentale revient à déplacer le regard de la seule prise en charge des symptômes vers une approche beaucoup plus globale de la prévention.

Ses travaux ont également une portée sociale considérable. Les troubles psychiques représentent aujourd’hui l’une des premières causes d’incapacité dans le monde. Identifier des facteurs modifiables, comme l’alimentation, ouvre la voie à des stratégies de santé publique susceptibles de bénéficier à des millions de personnes.

Au-delà de ses publications scientifiques, la chercheuse australienne s’est attachée à diffuser largement ses connaissances auprès des professionnels de santé et du grand public, convaincue que la recherche n’a de sens que si elle peut être comprise et utilisée par ceux qu’elle est destinée à aider. C’est précisément cette capacité à relier science fondamentale, pratique clinique et diffusion des connaissances qui lui vaut aujourd’hui d’être distinguée par le Prix L’Oréal-UNESCO.

Sarah Teichmann : la femme qui cartographie le corps humain cellule après cellule

Lorsque le premier séquençage complet du génome humain est annoncé en 2003, la communauté scientifique célèbre un tournant historique. Pour la première fois, l’humanité dispose de la totalité de son patrimoine génétique. Mais très vite, une autre question s’impose. Connaître la liste des gènes ne suffit pas. Encore faut-il comprendre comment chacun d’eux s’exprime dans les milliards de cellules qui composent le corps humain.

C’est précisément à cette frontière que travaille depuis plus de vingt ans Sarah A. Teichmann, professeure de médecine des cellules souches à l’Université de Cambridge, distinguée cette année pour des recherches qui ont profondément transformé la biologie cellulaire moderne. Le jury du Prix L’Oréal-UNESCO salue « des recherches interdisciplinaires exceptionnelles mobilisant la génomique et la biologie computationnelle afin de mieux comprendre le corps humain à l’échelle de la cellule unique ».

À première vue, ces travaux peuvent sembler extrêmement fondamentaux. Ils constituent pourtant l’une des révolutions silencieuses de la médecine contemporaine.

Pendant des décennies, les chercheurs étudiaient des tissus composés de millions de cellules, en obtenant une moyenne des informations biologiques. Or deux cellules voisines peuvent avoir des fonctions totalement différentes. Certaines deviennent cancéreuses, d’autres résistent aux traitements, d’autres encore jouent un rôle essentiel dans la réponse immunitaire. En observant désormais chaque cellule individuellement, les scientifiques peuvent comprendre des mécanismes qui restaient jusqu’alors invisibles.

Les technologies dites « unicellulaires » développées par Sarah Teichmann permettent précisément cette plongée dans l’infiniment petit. Elles offrent une cartographie d’une précision inédite du fonctionnement du corps humain et constituent aujourd’hui l’un des socles de la médecine personnalisée. Les données produites alimentent déjà la recherche sur le cancer, les maladies inflammatoires, les pathologies pulmonaires, les maladies neurodégénératives ou encore le développement de nouveaux médicaments.

Cette approche illustre également une évolution majeure de la recherche biomédicale : l’alliance entre la biologie, la génétique, l’informatique et l’intelligence artificielle. Les volumes de données générés sont tels qu’ils nécessitent désormais des outils de calcul avancés pour être interprétés. La compréhension du vivant devient progressivement une science où biologistes, médecins, statisticiens et informaticiens travaillent ensemble.

Au-delà de ses découvertes, Sarah Teichmann est également reconnue pour son engagement en faveur d’une science plus ouverte. Le jury souligne qu’elle est devenue « une défenseure de l’inclusion dans le domaine scientifique et une éducatrice de premier plan ». Dans un domaine où les femmes restent encore minoritaires, notamment dans les disciplines mêlant informatique et biologie, son parcours constitue un modèle pour une nouvelle génération de chercheuses.

Raquel Lia Chan : nourrir une planète plus chaude

À plusieurs milliers de kilomètres des laboratoires de Cambridge, une autre scientifique travaille sur un défi qui pourrait s’avérer tout aussi déterminant pour les décennies à venir : comment continuer à nourrir une population mondiale croissante alors que les sécheresses deviennent plus fréquentes et plus intenses ?

Cette question guide depuis des années les recherches de Raquel Lia Chan, biologiste argentine et directrice de l’Institut d’agrobiotechnologie du Littoral. Son travail a permis d’identifier des gènes capables d’améliorer la résistance des plantes face aux conditions climatiques extrêmes, ouvrant la voie au développement de variétés de blé, de maïs, de soja et de riz plus résistantes au manque d’eau.

Dans un contexte où le changement climatique bouleverse déjà les rendements agricoles sur plusieurs continents, ces recherches dépassent largement le cadre scientifique. Elles touchent directement à la sécurité alimentaire mondiale.

Les projections climatiques montrent que certaines régions connaîtront des épisodes de sécheresse plus fréquents, tandis que la demande alimentaire continuera d’augmenter sous l’effet de la croissance démographique. Améliorer la capacité des cultures à supporter ces conditions constitue donc un enjeu stratégique, tant pour les agriculteurs que pour les États.

Les travaux de Raquel Lia Chan illustrent aussi la manière dont la recherche fondamentale peut déboucher sur des applications concrètes. En partant de la compréhension des mécanismes biologiques des plantes, elle a progressivement développé des innovations susceptibles d’être transférées vers l’agriculture. Le jury souligne ainsi qu’elle a « transformé la biologie fondamentale des plantes en innovation agricole », contribuant directement à renforcer la résilience des systèmes alimentaires.

Au-delà de ses découvertes, la scientifique argentine est également reconnue pour son rôle de mentor. En formant de nombreux chercheurs spécialisés dans les biotechnologies végétales, elle participe à structurer une nouvelle génération de scientifiques capables de répondre aux défis agricoles de demain.

Gordana Vunjak-Novakovic : quand les organes se reconstruisent en laboratoire

Il y a encore quelques années, l’idée de reproduire un organe humain dans un laboratoire appartenait largement au domaine de la science-fiction. Aujourd’hui, cette perspective est devenue l’un des champs les plus prometteurs de la bio-ingénierie moderne.

Figure mondiale de cette discipline, Gordana Vunjak-Novakovic, professeure à l’Université Columbia, est récompensée pour ses travaux pionniers en ingénierie tissulaire et en médecine régénérative. Le jury distingue notamment son rôle dans le développement des « organes sur puce », des dispositifs capables de reproduire le fonctionnement biologique de tissus humains afin de mieux comprendre les maladies ou de tester de nouveaux traitements.

Cette innovation pourrait profondément transformer la recherche pharmaceutique. Jusqu’à présent, le développement d’un médicament reposait largement sur des essais réalisés sur des cultures cellulaires classiques ou sur des modèles animaux. Les organes sur puce offrent une alternative beaucoup plus proche du fonctionnement réel du corps humain, permettant d’évaluer plus rapidement l’efficacité ou la toxicité de nouvelles molécules.

À plus long terme, ces technologies ouvrent également des perspectives fascinantes pour la médecine régénérative. En reproduisant certains tissus biologiques, les chercheurs espèrent un jour réparer, remplacer ou restaurer des fonctions organiques altérées par une maladie ou un accident.

Si cette révolution reste encore en construction, elle illustre déjà l’évolution profonde de la médecine contemporaine : passer progressivement d’une logique de traitement des maladies à une logique de reconstruction des tissus.

Le jury souligne également le rôle joué par Gordana Vunjak-Novakovic comme innovatrice, éducatrice et modèle pour les femmes souhaitant s’engager dans les sciences et l’ingénierie.

Au-delà des distinctions, un indicateur des priorités scientifiques de demain

Les cinq lauréates du Prix L’Oréal-UNESCO Pour les Femmes et la Science 2026 ne représentent pas seulement cinq parcours d’excellence. Elles illustrent aussi les grandes priorités de la recherche mondiale : mieux comprendre le fonctionnement du corps humain, prévenir les maladies chroniques, adapter l’agriculture au changement climatique et développer les traitements qui façonneront la médecine de demain.

Leur récompense intervient dans un contexte où les femmes ne représentent encore qu’environ un tiers des chercheurs dans le monde. Elle rappelle que la diversité des talents constitue aussi un enjeu de recherche et d’innovation. En distinguant ces scientifiques et en renouvelant leur partenariat pour six ans, la Fondation L’Oréal et l’UNESCO réaffirment leur ambition : accompagner davantage de femmes dans les carrières scientifiques et renforcer la visibilité de celles dont les travaux contribuent déjà à répondre aux grands défis mondiaux.

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