Directrice des Ressources Humaines de Transdev pour les régions Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire, Sophie Chacron défend une vision des Ressources Humaines fondée sur la psychologie, les neurosciences et l’engagement collectif. L’enjeu est de taille chez Transdev, car plus de 2 millions de personnes sont transportées chaque jour sur 105 réseaux urbains dans toute la France. Dans cette interview, elle revient sur près de trente ans de carrière, les défis du management humain dans le secteur du transport et les conseils qu’elle adresse aux jeunes femmes qui souhaitent prendre leur place en entreprise.
Pouvez-vous nous décrire votre parcours professionnel ?
Mon parcours est né d’un intérêt profond pour l’être humain. Après des études de psychologie, j’ai choisi de mettre ma passion au service du monde de l’entreprise en rejoignant la filière Ressources Humaines. J’ai d’abord exercé des fonctions spécialisées (recrutement, développement RH) avant d’évoluer vers des postes de Responsable puis Directrice des Ressources Humaines, sur des périmètres de plus en plus larges et complexes.
Aujourd’hui, après près de 30 ans en RH, je suis Directrice des Ressources Humaines pour les régions Bretagne, Pays de la Loire et Centre-Val de Loire de Transdev, un groupe majeur du transport de voyageurs. Je pilote les Ressources Humaines d’une organisation de 4 200 collaborateurs répartis au sein de 29 entités, sur des activités urbaines, interurbaines et maritimes.
Ce parcours m’a appris que la richesse d’un métier se construit dans la durée, en acceptant de se transformer soi-même pour mieux accompagner les autres.
Quelle est la particularité de votre domaine d’activité ?
Le transport de voyageurs est un métier de service à haute intensité humaine : nos collaborateurs sont en contact direct et permanent avec les voyageurs, dans des environnements exigeants, parfois sous tension. Cela confère aux Ressources Humaines un rôle central et stratégique.
Mais la vraie particularité de mon domaine, c’est son mouvement perpétuel. En près de 30 ans, j’ai vécu des transformations profondes : la fonction RH est passée d’un rôle de gestionnaire administratif à celui de business partner, ancré dans la stratégie de l’entreprise. L’après-crise sanitaire Covid a encore redistribué les cartes : l’engagement, la fidélisation, le sens au travail sont devenus des enjeux essentiels pour les organisations.
L’environnement particulièrement concurrentiel dans lequel nous évoluons nous oblige à innover sans cesse, à imaginer de nouvelles stratégies à fort impact humain. On n’a jamais fini d’apprendre.
Quels sont vos défis pour cette année ?
Maintenir un haut niveau d’engagement dans un contexte de tensions sociales et d’évolutions organisationnelles.
Concrètement, cela se traduit par plusieurs chantiers prioritaires. D’abord, renforcer l’attractivité et la fidélisation des talents dans des métiers souvent peu visibles mais essentiels à la vie quotidienne de milliers de voyageurs. Ensuite, déployer des approches managériales renouvelées et collaboratives, capables de répondre aux nouvelles attentes des équipes en matière d’autonomie, de reconnaissance et de sens.
Je travaille également à ancrer davantage les apports des neurosciences et de la psychologie dans nos pratiques RH : de la conduite du changement au recrutement, en passant par le développement des compétences. Enfin, continuer à faire de la DRH un levier de transformation, pas seulement de gestion.
De quoi êtes-vous la plus fière professionnellement ?
Je suis particulièrement fière d’avoir réussi à introduire les neurosciences dans les pratiques RH de mon organisation. Ce n’était pas évident : le monde de l’entreprise est souvent interrogatif sur ce volet. Pourtant, j’ai la conviction profonde que comprendre comment fonctionne le cerveau humain – comment il prend des décisions, comment il réagit au stress, comment il apprend – est un levier puissant pour mieux recruter, mieux manager, mieux accompagner les transformations.
Voir des managers s’approprier ces outils, voir des équipes mieux se comprendre et mieux collaborer grâce à ces approches, c’est positif. Cela donne du sens à mon parcours initial en psychologie, et prouve que des mondes que l’on croit éloignés peuvent se compléter. C’est un dialogue entre sciences humaines et réalité opérationnelle que je cherche à cultiver.
Quel conseil donneriez-vous à une jeune femme qui arrive en entreprise ?
« Faites confiance à votre singularité. Votre regard, votre sensibilité, votre façon de penser sont des atouts : ne les effacez pas pour vous conformer à un modèle qui n’est pas le vôtre! »
Ensuite, osez vous positionner. Trop souvent, les jeunes femmes attendent qu’on reconnaisse leur valeur avant de leur donner une place. Mais la place, elle se prend autant qu’elle se donne. Parlez, proposez, challengez, avec bienveillance et rigueur.
Cultivez aussi votre réseau avec authenticité. Pas dans une logique de calcul, mais en construisant de vraies relations de confiance, avec des femmes et des hommes qui vous feront grandir.
Et enfin, acceptez l’inconfort. Les moments qui font le plus peur sont souvent ceux qui vous font le plus progresser. Chaque difficulté est une invitation à vous dépasser. Ayez la curiosité de comprendre, la ténacité de continuer, et la générosité de transmettre à votre tour. Davantage vous donnez et davantage vous recevrez.
Qu’est-ce qui vous motive le plus et pourquoi ?
L’humain est notre ressource la plus précieuse et la plus inépuisable. Chaque collaborateur que j’accompagne, chaque manager que je conseille, chaque organisation que j’aide à se transformer : tout cela a du sens parce que cela participe à monter dans l’échelle de la valeur.
Ce qui me nourrit aussi profondément, c’est d’animer le réseau RH BPLCVL, que j’ai le plaisir de piloter. Ce réseau rassemble les professionnels RH de nos trois régions autour d’une ambition partagée : construire ensemble, plutôt que d’avancer chacun de son côté. La cohésion et la collaboration ne sont pas des idéaux abstraits, ce sont des leviers concrets de performance et de sens.
Voir des collègues s’appuyer les uns sur les autres, partager leurs réussites comme leurs difficultés, trouver dans ce collectif une forme de ressource… c’est exactement la même conviction en l’humain qui m’anime depuis le début. Ce réseau vit, il répond, il grandit. Cela aussi, c’est mon carburant.
Quelle est votre devise ?
« Toujours faire mieux, ne jamais s’arrêter de questionner. »
Elle reflète deux convictions. La première : l’excellence n’est pas un état, c’est un mouvement. On n’arrive jamais « à destination ». On progresse, on apprend, on ajuste. La deuxième : le questionnement est une forme de respect, envers soi-même et envers les autres. Challenger une idée, c’est lui donner la chance de devenir meilleure.
Dans mon quotidien de DRH, cela se traduit concrètement : je ne prends aucune proposition pour acquise, j’encourage les équipes à penser autrement, et j’accepte moi-même d’être remise en question. Cette posture d’humilité, alliée à une vraie ambition, est ce qui, je crois, fait la différence entre gérer et transformer. Et c’est la transformation qui me passionne.
