À quelques semaines de son envol vers la Station spatiale internationale (ISS), l’astronaute française Sophie Adenot assume pleinement la portée symbolique de sa mission.
À 43 ans, elle s’apprête à devenir la deuxième femme astronaute française de l’histoire, près de trente ans après Claudie Haigneré.
« Les femmes représentent 50 % de la population. Il n’y a aucune raison qu’on ne soit pas astronaute », martèle-t-elle. Ingénieure et pilote d’essai d’hélicoptères, Sophie Adenot incarne une génération pour laquelle la conquête spatiale n’est plus réservée à une élite masculine, et encourage explicitement les jeunes filles à poursuivre leurs ambitions scientifiques.
Une mission historique pour la France
Sophie Adenot décollera le 15 février à bord d’un vaisseau Crew Dragon de SpaceX, aux côtés de deux astronautes américains et d’un cosmonaute russe, mais le départ pourrait être avancé. Elle s’envolera pour huit mois en orbite basse, à près de 400 kilomètres au-dessus de la Terre.
Ce départ marque un nouveau chapitre pour la présence française dans l’espace, dans la continuité des missions de Thomas Pesquet, qui a déjà séjourné à deux reprises sur l’ISS.
Un rêve d’enfance, une préparation de haut niveau
Après deux ans et neuf mois de formation intensive, Sophie Adenot a tenu sa dernière conférence de presse européenne au Centre européen des astronautes, à Cologne.
À la veille de réaliser un rêve né dès l’âge de dix ans, elle se dit « sereine », « concentrée » et « curieuse », consciente des incertitudes propres à toute mission spatiale.
« Devenir astronaute, c’est repousser les limites. Les missions spatiales ont toujours étendu les frontières de ce que l’humanité est capable de faire sur Terre », souligne-t-elle.
Science, robotique et médecine du futur
Le quotidien de Sophie Adenot à bord de l’ISS sera dense :
expériences scientifiques, opérations de maintenance électrique et de plomberie, manœuvres de robotique pour l’amarrage de vaisseaux cargo, et possiblement une sortie extravéhiculaire.
Parmi les projets phares de sa mission figure une expérimentation médicale innovante mêlant échographie, réalité augmentée et intelligence artificielle.
Objectif : permettre à terme à des opérateurs à distance de réaliser des examens médicaux précis, avec l’aide de l’IA pour identifier les organes.
Une avancée technologique qui pourrait avoir, une fois transposée sur Terre, un impact direct dans les déserts médicaux, en améliorant l’accès au diagnostic.
Coopération internationale malgré les tensions
Sophie Adenot a salué la cohésion de son équipage, composé des Américains Jessica Meir (commandante de mission) et Jack Hathaway, ainsi que du Russe Andreï Fediaïev.
« On ne s’est pas seulement entraînés ensemble, on a appris à se faire confiance », explique-t-elle, évoquant un langage non verbal forgé par des années de préparation commune.
Pour l’astronaute, l’ISS demeure un symbole rare de coopération pacifique, alors même que le contexte géopolitique international est marqué par de fortes tensions.
La station spatiale vient d’ailleurs de franchir le cap des 25 ans de présence humaine continue dans l’espace, réunissant les États-Unis, la Russie, l’Europe, le Japon et le Canada — une coopération qui a résisté aux crises, y compris à la guerre en Ukraine.
Un geste symbolique avant le départ
Comme le veut la tradition, Sophie Adenot a planté un arbre à Cologne avant son départ. Un copalme (liquidambar), symbole d’une exploration européenne au service de la science et des générations futures, destiné à rappeler aux astronautes « d’où nous venons et ce que nous avons la responsabilité de protéger ».
Entre excellence scientifique, coopération internationale et affirmation d’un rôle modèle féminin, la mission de Sophie Adenot dépasse largement la seule aventure spatiale. Elle s’inscrit comme un message durable adressé aux jeunes générations : l’espace aussi leur appartient.
