« Hypnothérapeute » accusé de viols sur 14 victimes : huis clos dans ce procès de la soumission chimique

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Le procès de Cyril Zattara, hypnothérapeute autoproclamé accusé d’avoir drogué puis violé au moins quatorze femmes, se déroule finalement à huis clos devant la cour criminelle des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence. Une décision prise dès l’ouverture de l’audience, à la demande d’une partie civile, et qui ravive un débat central dans les affaires de violences sexuelles : comment concilier dignité des victimes, liberté de la presse et portée collective des procès ?

Un huis clos « de droit » en matière de viol

Après une courte suspension d’audience, le président de la cour, Roger Arata, a ordonné le huis clos, rappelant qu’en matière de viol, la loi impose à la cour d’accéder à la demande d’une victime partie civile. En conséquence, la presse et le public ont été invités à quitter la salle. Seules les parties civiles, les témoins et, sous conditions, certains proches peuvent désormais assister aux débats.

Cette décision contraste avec celle prise lors du procès des viols de Mazan, présidé par le même magistrat en 2024 à Avignon. À l’époque, la victime, Gisèle Pelicot, avait refusé le huis clos. Un choix assumé, devenu emblématique, motivé par une phrase restée dans les mémoires : « Je voulais que la honte change de camp. »

Le dilemme pour les victimes

Dans le procès Zattara, les positions des parties civiles divergent. Me Caroline Kazanchi, avocate de l’une des victimes, a demandé le huis clos afin de préserver la dignité de sa cliente. « Le huis clos est là pour libérer la parole des victimes », expliquait-elle avant l’audience.

À l’inverse, Me Marylou Diamantara, qui représente six femmes, plaidait pour une publicité — au moins partielle — des débats. Selon elle, ses clientes souhaitent être entourées de leurs proches sans restriction et faire entendre leur voix au-delà du prétoire, dans une logique d’alerte et de prévention. Deux visions légitimes, révélatrices de la diversité des trajectoires de reconstruction après un viol.

À la sortie du tribunal, la mère d’une partie civile, restée anonyme, résumait crûment la réalité sociale à laquelle sont confrontées de nombreuses victimes :
« On dit que la honte a changé de camp, mais ce n’est pas toujours vrai. Imaginez retourner travailler après un procès comme celui-ci… »

Un mode opératoire fondé sur la soumission chimique

L’affaire débute en 2019, lorsqu’une étudiante de 24 ans porte plainte. Elle avait rencontré Cyril Zattara lors d’une soirée de danse, avant de le revoir pour une séance d’hypnose. Après avoir bu partiellement un verre de vin qu’il lui avait servi, la jeune femme ressent de violentes bouffées de chaleur, puis perd le contrôle. Elle se réveille avec des souvenirs confus, se remémorant avoir vomi et avoir été pénétrée contre son gré. Son ADN sera retrouvé sur les ongles et les sous-vêtements de la victime.

Aujourd’hui âgé de 47 ans, en détention provisoire depuis près de cinq ans, Cyril Zattara est accusé d’avoir violé quatorze femmes sur une période d’environ dix ans. Il est également poursuivi pour atteintes à la vie privée, ayant filmé à leur insu près d’une vingtaine de femmes.

Selon les enquêteurs, son mode opératoire était récurrent : l’administration d’un somnifère dans un verre de vin ou d’eau, généralement au domicile de l’accusé, suivie de viols alors que les victimes se trouvaient dans un état de conscience altéré.

Soumission chimique : un phénomène systémique

Ce procès s’inscrit dans une prise de conscience plus large autour de la soumission chimique, mise en lumière par le procès des viols de Mazan. Dans cette affaire, 51 hommes ont été définitivement condamnés, pour la plupart pour viols aggravés sur Gisèle Pelicot, droguée à son insu par son mari.

Longtemps sous-estimée, la soumission chimique révèle une violence sexuelle hautement préméditée, difficile à prouver, et encore trop souvent minimisée. Elle interroge la capacité de la justice, des institutions et de la société à reconnaître des crimes commis dans l’ombre, sans cris, sans témoins, mais aux conséquences durables.

Quand le huis clos protège… et invisibilise

Le huis clos peut être un rempart essentiel pour certaines victimes. Mais il pose aussi une question politique et sociale : comment rendre visibles des violences massives sans exposer celles qui les subissent ? Le contraste entre les procès de Mazan et de Zattara illustre une vérité fondamentale : il n’existe pas une seule manière d’être victime, ni une seule stratégie pour se reconstruire.

 

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