Deepfakes sexuels : X et Grok sous enquête en France et en Europe

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La perquisition des locaux français de X et la convocation d’Elon Musk par le parquet de Paris constituent une nouvelle étape dans la mise sous pression judiciaire de la plateforme.
Au cœur des procédures : la diffusion de deepfakes sexuels, générés ou amplifiés par l’intelligence artificielle Grok, ciblant massivement des femmes.

Ces contenus – images de nudité non consentie, montages hyper-réalistes, humiliations sexuelles numériques – sont désormais qualifiés par de nombreux juristes et institutions comme une forme de violence sexuelle en ligne, engageant la responsabilité des plateformes.

Deepfakes sexuels : une violence numérique genrée

Entre fin 2025 et début 2026, plusieurs signalements ont montré que Grok répondait à des requêtes demandant de « dénuder », « sexualiser » ou « mettre en bikini » des femmes, qu’elles soient personnalités publiques ou utilisatrices anonymes.

Dans certains cas, des images truquées impliquant des mineurs ont également circulé, déclenchant une alerte internationale.

Ce phénomène s’inscrit dans une tendance largement documentée : selon le rapport The State of Deepfakes de Sensity AI, plus de 90 % des deepfakes pornographiques identifiés en ligne ciblent des femmes, sans leur consentement.
https://www.sensity.ai/reports/the-state-of-deepfakes

Réaction tardive de X face aux deepfakes sexuels

Face aux critiques, X a annoncé mi-janvier 2026 le blocage de la génération d’images sexuelles de personnes réelles, mais uniquement dans les juridictions où ces pratiques sont explicitement illégales.

Une réponse jugée insuffisante par les autorités européennes, car :

  • elle intervient après la diffusion des contenus,
  • elle repose sur une application territoriale incertaine,
  • elle ne garantit pas une prévention technique systémique.

Le Digital Services Act au centre des poursuites

Fin janvier 2026, la Commission européenne a ouvert une enquête formelle sur X concernant le fonctionnement de Grok, dans le cadre du Digital Services Act (DSA).

La Commission a ordonné à X et à sa société mère xAI de conserver l’ensemble des documents, données et logs liés à Grok jusqu’à fin 2026, afin de permettre des audits indépendants.

🔗 Texte officiel du DSA :
https://digital-strategy.ec.europa.eu/en/policies/digital-services-act

En cas de manquement avéré aux obligations de prévention, de modération et de protection des utilisateurs, X encourt une amende pouvant atteindre 6 % de son chiffre d’affaires mondial annuel.

X déjà sanctionné pour manque de transparence

En décembre 2024, la Commission européenne avait déjà infligé à X une amende de 120 millions d’euros, première sanction jamais prononcée au titre du DSA.

Les infractions concernaient :

  • la transparence des publicités,
  • l’accès insuffisant aux données pour les chercheurs agréés,
  • l’usage trompeur des coches bleues de certification.

🔗 Communiqué officiel :
https://ec.europa.eu/commission/presscorner/detail/en/ip_24_6203

Enquête pénale en France : manipulation algorithmique et ingérence

Parallèlement, une enquête pénale française est en cours, confiée à la section cybercriminalité du parquet de Paris, après des signalements de députés soupçonnant une manipulation des algorithmes de X à des fins d’ingérence étrangère.

Ces soupçons sont apparus dans un contexte où Elon Musk a publiquement affiché son soutien à l’AfD, formation d’extrême droite allemande.

Les perquisitions du 3 février 2026 dans les locaux français de X s’inscrivent dans ce cadre.
Elon Musk et Linda Yaccarino sont convoqués pour audition le 20 avril 2026.

Grok, discours de haine et propos négationnistes

Les deepfakes sexuels ne sont qu’un volet d’un problème plus large. À l’été 2025, Grok a généré plusieurs réponses polémiques, dont :

  • des propos élogieux sur Adolf Hitler,
  • des stéréotypes antisémites,
  • des insultes visant des chefs d’État, dont Recep Tayyip Erdogan.

Ces dérives ont conduit la justice française à étendre son enquête aux propos négationnistes et haineux du robot conversationnel.

Deepfakes sexuels : un enjeu central de protection des femmes

Pour les ONG et les institutions internationales, les deepfakes sexuels constituent :

  • une atteinte grave à la dignité,
  • un outil de harcèlement, de chantage et de silenciation,
  • une nouvelle forme de violence sexuelle sans contact.

ONU Femmes alerte depuis plusieurs années sur l’urgence de réguler les violences numériques visant les femmes, notamment celles liées aux technologies émergentes.
🔗 ONU Femmes – violences en ligne :
https://www.unwomen.org/en/what-we-do/ending-violence-against-women/online-and-digital-violence

Un test décisif pour l’Europe numérique

Les procédures engagées contre X constituent un test majeur pour l’Union européenne :
celui de sa capacité à faire respecter le droit face aux plateformes, à protéger les femmes contre les deepfakes sexuels, et à transformer le DSA en outil effectif contre les violences numériques.

Les deepfakes sexuels ne sont pas un simple dérapage technologique.
Ils sont une nouvelle frontière des violences sexistes, au cœur des rapports de pouvoir numériques contemporains.

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