Cyberharcèlement : entre prison ferme et avec sursis pour les harceleurs de Brigitte Macron

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Le tribunal correctionnel de Paris a rendu sa décision dans le procès pour cyberharcèlement visant Brigitte Macron.
Dix prévenus étaient poursuivis pour avoir diffusé ou relayé sur les réseaux sociaux des insultes, rumeurs et propos diffamatoires liés à son genre et à son écart d’âge avec le président de la République.

Le tribunal a prononcé des peines allant jusqu’à six mois de prison ferme, une sanction rare dans ce type de dossier, marquant un tournant judiciaire face à la violence numérique.

Des condamnations entre sursis et prison ferme

Huit prévenus ont été condamnés à des peines de quatre à huit mois de prison avec sursis, le tribunal ayant retenu une « volonté de nuire » et l’usage de « termes malveillants, dégradants et insultants », notamment autour d’accusations infondées de pédocriminalité.

Un neuvième prévenu a écopé de six mois de prison ferme, la juridiction ayant motivé cette peine par son absence à l’audience, signe d’un mépris de l’institution judiciaire.
Les sanctions prononcées s’inscrivent dans un cadre pénal renforcé face à la multiplication des affaires de harcèlement en ligne, en particulier lorsque celles-ci ciblent des femmes.

Une affaire emblématique des violences sexistes et transphobes en ligne

Au cœur de ce procès : une infox mondiale, diffusée depuis plusieurs années, prétendant que Brigitte Macron serait une femme transgenre ou aurait usurpé une identité.
Cette rumeur, massivement relayée sur X (ex-Twitter), YouTube et d’autres plateformes, mêle transphobie, sexisme et complotisme, et s’inscrit dans une stratégie classique de disqualification des femmes publiques.

La relation entre Emmanuel Macron, 48 ans, et son épouse, 72 ans, est également instrumentalisée depuis des années par des discours haineux, transformant un écart d’âge en argument de harcèlement et de soupçon criminel.

« Montrer l’exemple » : la parole forte de Brigitte Macron

À la veille du délibéré, Brigitte Macron avait pris la parole au journal télévisé de TF1 :

« Je me bats à longueur de temps. Je veux aider les adolescents à se battre contre le harcèlement. Mais si je ne montre pas l’exemple, ça va être difficile. »

Elle avait également dénoncé l’atteinte intime portée à son identité :

« On ne touchera pas à ma généalogie. On ne joue pas avec ça. »

Lors de l’audience, sa fille Tiphaine Auzière a décrit une femme « en permanence sur le qui-vive », soulignant l’impact psychologique de ces campagnes de haine, y compris sur les petits-enfants de la Première dame.

Des « instigateurs » et des « suiveurs »

Le parquet avait distingué deux profils :

  • des « instigateurs », influents sur les réseaux sociaux, à l’origine ou à l’amplification massive des contenus ;
  • des « suiveurs », ayant relayé ou « liké » des publications depuis leur sphère privée, mais participant néanmoins à la viralité du harcèlement.

Plusieurs prévenus ont tenté de se retrancher derrière la liberté d’expression, invoquant la satire ou le droit d’informer. Des arguments rejetés par le tribunal, rappelant que la liberté d’expression ne couvre ni l’injure, ni la diffamation, ni le harcèlement.

Une décision de référence pour la lutte contre le cyberharcèlement

Cette condamnation marque une étape majeure dans la reconnaissance judiciaire des violences numériques, en particulier lorsqu’elles visent des femmes et reposent sur des ressorts de genre, d’âge ou d’identité supposée.

Elle envoie un signal clair :
relayer une rumeur, même « pour rire » ou « pour débattre », peut constituer une infraction pénale ;l’anonymat ou la distance numérique ne protège plus de la responsabilité judiciaire.

 

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