La diplomate française Anne-Claire Legendre, conseillère du président de la République pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, a été officiellement nommée présidente de l’Institut du Monde Arabe (IMA). Elle succède à Jack Lang, qui a démissionné après treize années à la tête de l’institution. À 46 ans, elle devient la première femme à diriger cette institution culturelle et diplomatique majeure, créée en 1987 pour renforcer les liens entre la France et les pays arabes.
Cette nomination, proposée par la France et validée par le conseil d’administration de l’IMA — composé notamment de représentants de plusieurs États arabes — intervient dans un contexte marqué par une volonté de réforme et de modernisation de la gouvernance de l’établissement.
Une diplomate expérimentée spécialiste du Moyen-Orient
Anne-Claire Legendre appartient au corps diplomatique français et dispose d’une solide expérience sur les questions liées au Moyen-Orient et à l’Afrique du Nord. Arabophone, elle a notamment étudié la langue arabe à l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO). Elle est également diplômée de Sciences Po Paris et de la Sorbonne en lettres modernes.
Avant sa nomination, elle occupait à l’Élysée le poste stratégique de conseillère pour l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient, participant à l’élaboration de la politique étrangère française dans ces régions sensibles. Son expertise diplomatique et sa connaissance fine des équilibres géopolitiques régionaux ont été mises en avant par le ministère des Affaires étrangères pour justifier ce choix.
Une nomination dans un contexte de transition institutionnelle
La prise de fonctions d’Anne-Claire Legendre intervient après la démission de Jack Lang, qui dirigeait l’IMA depuis 2013. L’ancien ministre de la Culture avait annoncé son départ dans un contexte de polémique et d’enquête financière liée à ses relations passées avec Jeffrey Epstein. Le conseil d’administration de l’Institut a officiellement acté cette démission avant de valider la nomination de sa successeure.
Cette transition ouvre une nouvelle phase pour l’institution, dont le budget repose en partie sur une subvention publique française d’environ 12,3 millions d’euros par an, complétée par des financements propres et des partenariats internationaux.
Une feuille de route centrée sur la modernisation et la transparence
Selon les orientations annoncées, la nouvelle présidente devra conduire une réforme structurelle ambitieuse visant notamment :
- la modernisation de la gouvernance de l’établissement
- une organisation interne plus lisible et plus efficace
- le rétablissement d’une trajectoire financière durable
- le renforcement des règles de déontologie et de transparence
- la consolidation du rôle diplomatique et culturel de l’IMA
Ces priorités traduisent la volonté des autorités françaises de repositionner l’Institut comme un acteur stratégique de la diplomatie culturelle, dans un contexte international marqué par de fortes recompositions géopolitiques au Moyen-Orient.
L’Institut du Monde Arabe, un outil clé de la diplomatie culturelle française
Créé à la suite d’un partenariat signé en 1980 entre la France et 22 pays arabes, l’Institut du Monde Arabe constitue à la fois un musée, un centre culturel, une bibliothèque et un lieu d’enseignement linguistique. Installé à Paris, il accueille chaque année plusieurs centaines de milliers de visiteurs — environ 750 000 en 2023 — et joue un rôle central dans la diffusion des cultures arabes en Europe.
Au-delà de sa dimension culturelle, l’IMA représente également un instrument diplomatique majeur, permettant d’entretenir des relations culturelles durables entre la France et les pays du monde arabe, tout en contribuant aux échanges intellectuels, artistiques et universitaires.
Une première femme à la tête de l’IMA
La nomination d’Anne-Claire Legendre marque aussi une évolution symbolique importante : pour la première fois depuis la création de l’Institut en 1987, une femme prend la direction de cette institution stratégique. Cette décision s’inscrit dans une dynamique plus large de féminisation des postes de direction au sein des grandes institutions culturelles et diplomatiques françaises.
Son arrivée ouvre une nouvelle séquence pour l’IMA, à la croisée des enjeux culturels, diplomatiques et géopolitiques, avec pour ambition de renforcer encore la visibilité internationale de l’établissement et son rôle de passerelle entre les cultures.
