Le bilan humain des manifestations en Iran s’est dramatiquement alourdi. Selon plusieurs organisations de défense des droits humains, au moins 192 manifestants ont été tués depuis le début de cette mobilisation inédite depuis trois ans. Un chiffre susceptible d’être largement sous-estimé, tant la censure et le black-out informationnel imposés par les autorités rendent la situation opaque.
Derrière ces statistiques, ce sont des victimes civiles, des familles contraintes d’identifier leurs proches dans les morgues, et une population confrontée à une répression d’une ampleur rarement observée depuis les grandes mobilisations de 2022-2023.
Une contestation née de la crise économique
Le mouvement a débuté le 28 décembre à Téhéran, à l’initiative de commerçants protestant contre la cherté de la vie, la dépréciation rapide de la monnaie et l’effondrement du pouvoir d’achat. En quelques jours, la contestation s’est étendue à de nombreuses villes du pays, prenant une dimension nationale.
La République islamique fait désormais face à l’un de ses défis internes les plus sérieux depuis 1979, dans un contexte de profonde fragilité économique et sociale.
Black-out total : l’Iran coupé du monde
Depuis plus de 60 heures, l’Iran est plongé dans une coupure quasi totale d’internet, rendant toute communication avec l’extérieur extrêmement difficile.
L’ONG Netblocks, spécialisée dans la surveillance de la cybersécurité, a dénoncé une menace directe pour la sécurité et le bien-être de la population, soulignant que cette censure empêche l’accès aux informations vitales et à l’aide.
Samedi soir, les lignes de téléphonie mobile ont également été interrompues dans plusieurs régions, accentuant l’isolement du pays. Selon des habitants de Téhéran, le niveau de paralysie de la vie quotidienne est sans précédent.
Hôpitaux débordés, blessés ciblés
Les organisations de défense des droits humains dressent un tableau alarmant.
L’ONG Iran Human Rights, basée en Norvège, affirme avoir confirmé la mort d’au moins 192 manifestants, soit plus du double du bilan communiqué deux jours plus tôt. Elle avertit que le nombre réel de victimes pourrait être bien plus élevé.
Le Centre pour les droits de l’homme en Iran (CHRI), dont le siège est à New York, évoque des témoignages directs et crédibles faisant état de centaines de morts.
L’organisation Human Rights Activists News Agency (HRANA) alerte sur une situation sanitaire critique :
- hôpitaux saturés,
- réserves de sang en chute libre,
- manifestants délibérément visés aux yeux par des tirs des forces de sécurité.
« Un massacre est en cours en Iran », avertit l’organisation, appelant la communauté internationale à agir pour empêcher de nouvelles pertes humaines.
La rue continue de se lever, malgré la peur
Malgré la violence, la mobilisation ne faiblit pas.
Des vidéos diffusées via des moyens satellitaires, en contournement de la censure, montrent de larges foules défilant de nuit à Téhéran, Machhad et dans d’autres grandes villes.
Hommes, femmes, jeunes, familles entières continuent de descendre dans la rue, au péril de leur vie. Ce courage, face à une répression massive et assumée, constitue l’un des marqueurs les plus forts de cette mobilisation.
Dans certaines vidéos non authentifiées, des familles sont vues dans des morgues, tentant d’identifier les corps de proches tués lors des manifestations — des scènes qui témoignent de la brutalité de la répression et du traumatisme collectif en cours.
Un pays paralysé
À Téhéran, la vie quotidienne est quasiment à l’arrêt.
Les prix alimentaires, notamment celui de la viande, ont presque doublé depuis le début des manifestations. De nombreux commerces ont fermé. Les écoles sont officiellement passées à l’enseignement à distance — une absurdité dans un pays privé d’internet.
Si certains salariés continuent de se rendre sur leur lieu de travail, l’absence de réseau rend toute activité économique quasiment impossible, accentuant encore la pression sur une population déjà exsangue.
Arrestations massives et menaces officielles
Les autorités iraniennes durcissent le ton.
Le ministre de l’Intérieur Eskandar Momeni a mis en garde contre toute poursuite des manifestations, tandis que le chef de la police a annoncé de nombreuses arrestations visant les « principaux éléments » du mouvement.
Ces déclarations renforcent les craintes d’une répression encore plus meurtrière, menée à huis clos, hors du regard du monde.
