Malgré une coupure quasi totale d’internet, de nouvelles manifestations ont éclaté dans la nuit dans plusieurs grandes villes iraniennes, dont Téhéran, Machhad, Tabriz et Qom. Le mouvement, sans leadership identifié ni mot d’ordre centralisé, intervient dans un climat de tension extrême, alimenté à la fois par la répression interne et par des menaces directes venues de Washington, formulées par le président américain Donald Trump.
Selon l’ONG Netblocks, l’accès à internet est interrompu sur l’ensemble du territoire depuis plus de 36 heures, une stratégie déjà employée par le pouvoir iranien pour isoler le pays, entraver la coordination des manifestants et empêcher la diffusion d’images.
Manifestations nocturnes, informations sous contrôle
Les informations restent parcellaires. Des images montrent des rassemblements nocturnes et des slogans hostiles au régime. À Téhéran, notamment dans le quartier de Saadatabad, des habitants ont frappé sur des casseroles depuis leurs fenêtres, tandis que des automobilistes klaxonnaient en signe de soutien.
Des vidéos relayées par des médias en persan basés à l’étranger font état de mobilisations similaires à Machhad, Tabriz, Qom ou Hamedan. Dans certaines séquences des symboles de l’Iran d’avant 1979 apparaissent, sans pour autant indiquer une orientation politique commune.
Un mouvement distinct de celui de 2022
Contrairement aux manifestations de 2022 déclenchées après la mort de Mahsa Amini, le mouvement actuel ne se revendique pas du slogan “Femmes, Vie, Liberté” et ne s’inscrit pas dans une dynamique féministe structurée.
Il s’agit d’une mobilisation hétérogène, nourrie par une accumulation de crises politiques, économiques et sociales, dans laquelle les femmes sont présentes mais sans être au centre d’un cadre revendicatif spécifique.
Trump hausse le ton et agite la menace
C’est dans ce contexte déjà explosif que Donald Trump a multiplié les déclarations offensives. Estimant que l’Iran faisait face à de « gros problèmes », le président américain a affirmé que les États-Unis « frapperaient très fort » en cas de répression massive ou meurtrière contre les manifestants.
La veille, il avait salué ce qu’il a qualifié « d’enthousiasme du peuple iranien à renverser le régime », tout en se disant réservé sur l’idée que Reza Pahlavi puisse, à ce stade, endosser un rôle de dirigeant politique. Trump a toutefois laissé entendre que toutes les options restaient sur la table, une formule lourde de sens dans la tradition diplomatique américaine.
Ces déclarations, très suivies en Iran comme dans la région, renforcent les craintes d’une escalade, dans un pays déjà fragilisé par les sanctions internationales et les tensions militaires récentes.
Soutien américain, inquiétude des ONG
Le chef de la diplomatie américaine Marco Rubio a affirmé que les États-Unis soutenaient le « courageux peuple iranien ». De leur côté, les autorités iraniennes dénoncent une ingérence étrangère, accusant Washington et Israël d’attiser la contestation, ce que le département d’État américain rejette fermement.
La prix Nobel de la paix Shirin Ebadi a, elle, alerté sur le risque d’un « massacre sous couvert d’un black-out total », évoquant des informations crédibles sur des arrestations de manifestants blessés jusque dans les hôpitaux.
Selon l’ONG Iran Human Rights, au moins 51 personnes, dont neuf enfants, ont été tuées depuis le début de la mobilisation fin décembre. Amnesty International indique analyser des éléments montrant une intensification récente de la répression.
Un régime inflexible
Le guide suprême Ali Khamenei a affirmé que l’Iran ne « reculerait pas ». Les Gardiens de la révolution ont jugé la situation « inacceptable » et le pouvoir judiciaire promet une réponse « maximale » contre les manifestants.
Le chef de la diplomatie iranienne Abbas Araghchi estime peu probable une intervention militaire étrangère, tout en accusant les États-Unis de chercher à détourner l’attention des difficultés internes du pays.
