Ilhan Omar : l’administration Trump cherche à lui retirer sa nationalité américaine

AccueilPolitiqueIlhan Omar : l'administration Trump cherche à lui retirer sa nationalité américaine
États-Unis — Politique américaine | 15 octobre 2026
Après la perquisition du domicile de la députée démocrate Ilhan Omar à Washington, l’administration de Donald Trump chercherait à lui retirer sa nationalité américaine pour permettre son expulsion vers la Somalie, révèle le Wall Street Journal. À trois semaines des élections de mi-mandat, cette enquête visant une élue du Congrès américain soulève une question majeure : jusqu’où le pouvoir présidentiel peut-il aller pour contester la citoyenneté d’une opposante politique ?

L’affaire Ilhan Omar prend une nouvelle dimension aux États-Unis. Selon les révélations du Wall Street Journal publiées le 15 octobre 2026, les autorités fédérales cherchent à réunir les éléments permettant d’engager une procédure de retrait de la nationalité américaine de la députée démocrate du Minnesota, née en Somalie et naturalisée en 2000. Une éventuelle expulsion pourrait ensuite être envisagée.

Lundi 12 octobre, des agents fédéraux ont perquisitionné son domicile à Washington. Son téléphone, son passeport, des ordinateurs et des documents personnels ont été saisis, tandis que plusieurs membres de sa famille ont été convoqués dans le cadre de l’enquête.

Aucune fraude n’a été établie à ce stade et Ilhan Omar conserve sa nationalité américaine. L’élue, qui siège à la Chambre des représentants depuis 2019, dénonce une campagne d’intimidation politique menée par Donald Trump.

Pourquoi la nationalité américaine d’Ilhan Omar est-elle remise en question ?

Au cœur de l’enquête figurent les documents d’immigration établis lorsque la famille d’Ilhan Omar est arrivée aux États-Unis en 1995, après avoir fui la guerre civile en Somalie et vécu dans un camp de réfugiés au Kenya.

Les enquêteurs s’intéressent notamment aux informations communiquées par son père, Nur Omar Mohamed, décédé en 2020, lors des démarches de naturalisation. Selon le Wall Street Journal, les autorités cherchent à déterminer si l’âge d’Ilhan Omar a été présenté de manière inexacte afin de lui permettre d’acquérir automatiquement la citoyenneté américaine par l’intermédiaire de son père.

L’enquête examinerait en particulier une différence entre 17 et 18 ans, susceptible d’avoir une incidence sur les conditions légales de son acquisition de nationalité.

Cette hypothèse reste à démontrer. Des allégations similaires avaient déjà été examinées sous l’administration Biden, sans que les enquêteurs disposent alors de preuves suffisantes pour engager des poursuites.

Perquisition chez Ilhan Omar : téléphone, passeport et ordinateurs saisis

La perquisition du 12 octobre a été menée par Homeland Security Investigations (HSI), le service d’enquête rattaché à la police fédérale de l’immigration américaine, ICE.

Le ministère de la Justice a confirmé l’exécution d’un mandat judiciaire dans le cadre d’une enquête pénale fédérale.

Plus d’une douzaine de convocations ont été délivrées pour recueillir des témoignages devant un grand jury dans le Minnesota, notamment auprès de proches de la députée.

Parallèlement, la procureure fédérale Jeanine Pirro a indiqué que plusieurs investigations étaient en cours concernant Ilhan Omar, dont certaines relatives à ses déclarations financières.

La portée exacte de ces différentes enquêtes n’a pas été entièrement rendue publique.

Donald Trump peut-il retirer la nationalité américaine d’une députée et l’expulser ?

Le président des États-Unis ne peut pas retirer unilatéralement la nationalité américaine d’une personne naturalisée, même lorsqu’il s’agit d’une adversaire politique.

Le droit américain prévoit néanmoins une procédure de denaturalization, ou dénaturalisation, permettant de remettre en cause une citoyenneté obtenue illégalement ou au moyen de déclarations frauduleuses déterminantes.

Pour obtenir une telle décision, le gouvernement doit saisir la justice fédérale et apporter les preuves nécessaires.

La situation d’Ilhan Omar est particulière puisque sa citoyenneté aurait été acquise lorsqu’elle était mineure, dans le cadre de la naturalisation de son père.

Une éventuelle erreur ou fausse déclaration dans les documents familiaux ne suffirait pas automatiquement à établir sa responsabilité personnelle ou à justifier le retrait de sa citoyenneté. Même si une procédure de dénaturalisation aboutissait, une expulsion nécessiterait des démarches juridiques supplémentaires.

Le fait d’être élue au Congrès ne protège pas Ilhan Omar contre toute enquête judiciaire. Mais son mandat ne permet pas non plus au gouvernement de s’affranchir des garanties constitutionnelles applicables aux citoyens américains.

Ilhan Omar dénonce une campagne d’intimidation politique de Donald Trump

Ilhan Omar, 44 ans, est l’une des personnalités les plus connues de l’aile progressiste du Parti démocrate.

Élue en 2018, elle est devenue l’une des deux premières femmes musulmanes à siéger à la Chambre des représentants, avec Rashida Tlaib, ainsi que la première ancienne réfugiée africaine élue au Congrès.

Depuis plusieurs années, Donald Trump multiplie les attaques contre elle, notamment sur ses origines somaliennes, ses prises de position politiques et son opposition aux mesures de restriction de l’immigration.

Après la perquisition, la députée a affirmé sur X que le président américain cherchait depuis dix ans à la discréditer par des accusations infondées. Elle a assuré qu’elle ne se laisserait pas réduire au silence.

Donald Trump a nié toute implication personnelle dans la perquisition, affirmant que la décision relevait du ministère de la Justice.

Lors d’un déplacement dans l’Ohio, il a de nouveau critiqué Ilhan Omar et la Somalie. Des participants à son meeting ont alors scandé des appels à son expulsion.

Pourquoi cette affaire intervient-elle à trois semaines des élections américaines ?

Le calendrier de l’enquête suscite également une controverse.

Le 3 novembre 2026, les Américains voteront lors des élections de mi-mandat, les midterms, pour renouveler la Chambre des représentants et une partie du Sénat.

Ilhan Omar est candidate à sa réélection dans le cinquième district du Minnesota, qui comprend notamment Minneapolis.

Or, le ministère américain de la Justice observe traditionnellement une période de prudence à l’approche des scrutins, particulièrement durant les 60 derniers jours, afin d’éviter que des investigations publiques puissent influencer les électeurs.

La perquisition a été menée seulement 22 jours avant le vote.

Cette règle de prudence n’est pas une interdiction légale absolue. Mais son application soulève des interrogations lorsque les investigations concernent directement une candidate à une élection fédérale.

Hakeem Jeffries, chef de la minorité démocrate à la Chambre des représentants, et d’autres responsables démocrates dénoncent une instrumentalisation de la justice contre les adversaires de Donald Trump.

Le gouvernement assure pour sa part agir dans le cadre d’une enquête pénale autorisée par la justice.

La dénaturalisation, un nouvel instrument de la politique migratoire américaine

Au-delà du cas d’Ilhan Omar, l’administration Trump a considérablement renforcé le recours aux procédures destinées à retirer la citoyenneté de personnes naturalisées.

Selon le Wall Street Journal, plus de 200 actions judiciaires de dénaturalisation ont été engagées sous le second mandat de Donald Trump, alors que ces procédures étaient historiquement beaucoup plus rares.

Elles peuvent concerner des fraudes à l’immigration, des dissimulations déterminantes ou d’autres motifs prévus par la législation fédérale.

Cette politique intervient dans un contexte de durcissement des contrôles migratoires, d’intensification des expulsions et de tensions autour de la communauté somalienne du Minnesota.

Donald Trump a notamment accusé cette communauté de profiter de fraudes aux aides sociales, après plusieurs affaires judiciaires impliquant des personnes d’origine somalienne. Ces dossiers ne permettent toutefois pas d’attribuer une responsabilité collective à l’ensemble de la communauté.

La question dépasse ainsi les seuls immigrés sans titre de séjour : elle concerne aussi des personnes devenues américaines depuis plusieurs décennies.

Une députée américaine peut-elle réellement être expulsée des États-Unis ?

C’est désormais la question centrale de l’affaire.

Née en Somalie, arrivée aux États-Unis comme réfugiée, naturalisée puis élue au Congrès, Ilhan Omar incarne un parcours d’intégration jusqu’aux plus hautes institutions politiques américaines.

Mais son histoire personnelle se trouve aujourd’hui au cœur d’une enquête fédérale qui pourrait, si des preuves suffisantes étaient réunies et validées par la justice, remettre en cause les conditions de son acquisition de la citoyenneté.

Le 15 octobre 2026, Ilhan Omar reste une citoyenne américaine et une élue du Congrès. Aucune décision judiciaire ne lui a retiré sa nationalité et aucune expulsion n’a été ordonnée.

L’affaire pose néanmoins une question fondamentale pour la démocratie américaine : quelles garanties protègent la citoyenneté d’une personne naturalisée lorsque le pouvoir exécutif cherche à en contester la légitimité ?

À moins de trois semaines des élections de mi-mandat, la réponse pourrait avoir des conséquences politiques et juridiques bien au-delà du Minnesota.

 

Découvrez aussi