Le sexisme ne se réduit pas aux insultes ou aux agressions visibles. Il peut aussi se présenter sous une forme plus discrète, intégrée aux normes sociales, parfois même interprétée comme “bienveillante”.
Dans son Rapport annuel 2026 sur l’état du sexisme en France, le Haut Conseil à l’Égalité entre les femmes et les hommes (HCE) insiste sur une distinction essentielle : le sexisme se déploie principalement selon deux dimensions complémentaires — le sexisme hostile et le sexisme paternaliste.
Comprendre cette différence permet de mieux identifier les mécanismes qui nourrissent les discriminations, les stéréotypes, mais aussi le continuum pouvant conduire aux violences sexistes et sexuelles.
À retenir
- Le rapport 2026 du HCE distingue deux formes principales de sexisme : hostile et paternaliste.
- Le sexisme hostile est une forme agressive : rejet, mépris, disqualification des femmes.
- Le sexisme paternaliste se présente comme protecteur, mais enferme les femmes dans des rôles traditionnels.
- En France, 17 % des personnes de 15 ans et plus adhèrent au sexisme hostile, soit près de 10 millions.
- 23 % adhèrent au sexisme paternaliste, soit près d’1 personne sur 4.
- Les hommes y adhèrent davantage : 23 % (hostile) et 27 % (paternaliste).
- Le sexisme paternaliste est largement normalisé : près de trois quarts des personnes pensent que les femmes doivent être protégées et aimées par les hommes.
- Ces deux formes s’articulent et alimentent le sexisme ordinaire, très présent en entreprise, dans l’espace public et en ligne.
Pourquoi parler de deux types de sexisme ?
On associe souvent le sexisme à une hostilité directe : insultes, menaces, humiliations. Pourtant, une grande partie du sexisme moderne repose aussi sur des normes “douces”, rarement identifiées comme discriminatoires, parce qu’elles se présentent comme naturelles ou protectrices.
Cette distinction est décisive : elle explique pourquoi on peut condamner le sexisme “violent” tout en perpétuant, au quotidien, des mécanismes qui maintiennent les femmes dans une place secondaire.
Sur The Women’s Voices, cette réalité se traduit aussi dans le monde du travail, où le sexisme persiste malgré les engagements officiels des entreprises. À ce sujet, lire ausii : « Les Conversations – Le sexisme en entreprise : le défi de la tolérance zéro ». (The Women’s Voices)
1) Le sexisme hostile : une misogynie explicite, agressive et disqualifiante
Définition du sexisme hostile
Le sexisme hostile désigne des attitudes ouvertement négatives envers les femmes. Il fonctionne comme une logique de rejet : les femmes sont jugées illégitimes dès qu’elles revendiquent de l’égalité, de l’autonomie ou du pouvoir.
Il s’exprime par :
- le mépris,
- la disqualification,
- la violence verbale,
- l’idée que les femmes seraient “à leur place” seulement sous certaines conditions.
Le chiffre clé
En France, 17 % des personnes de 15 ans et plus adhèrent au sexisme hostile, soit près de 10 millions.
La différence entre les sexes est nette :
- 23 % des hommes
- 12 % des femmes
Exemples concrets de sexisme hostile
Le sexisme hostile se reconnaît quand une femme est :
- attaquée pour sa parole,
- soupçonnée de mentir,
- jugée “trop” (trop ambitieuse, trop émotive, trop exigeante),
- réduite à une caricature pour la décrédibiliser.
Ce sexisme est particulièrement visible dans les phénomènes de cyberharcèlement et de violences en ligne. Pour aller plus loin : « Violences et sexisme en ligne : Aurore Bergé demande des comptes aux plateformes ».
(The Women’s Voices)
2) Le sexisme paternaliste : un sexisme “bienveillant” qui enferme
Définition du sexisme paternaliste
Le sexisme paternaliste se présente comme une protection, une galanterie, un respect apparent. Mais il repose sur une idée structurante : les femmes seraient naturellement plus fragiles, plus douces, moins capables d’endurance, et donc destinées à certains rôles plutôt qu’à d’autres.
Cette forme de sexisme produit une conséquence directe : elle limite l’autonomie des femmes, même sans agressivité.
Le chiffre clé
En France, 23 % des personnes adhèrent au sexisme paternaliste.
Dans le détail :
- 27 % des hommes
- 18 % des femmes
Une normalisation massive
Le sexisme paternaliste est l’un des plus difficiles à combattre, car il est socialement accepté.
Le rapport 2026 met en évidence un marqueur puissant : près de trois quarts des personnes interrogées estiment que les femmes doivent être protégées et aimées par les hommes.
Autre indicateur frappant : 62 % adhèrent à l’idée que les femmes seraient “naturellement plus douces”.
Exemples concrets de sexisme paternaliste
Il apparaît lorsqu’on affirme, par exemple :
- “Je préfère m’en occuper, c’est trop dur pour elle.”
- “Je la protège : ce milieu est dangereux.”
- “Une femme est faite pour être douce.”
- “C’est normal qu’elle mette sa carrière entre parenthèses.”
En entreprise, c’est exactement ce type de mécanisme qui alimente des plafonds invisibles : on “protège” les femmes de certaines responsabilités… et on finit par les priver de pouvoir.
« #StOpE : 270 entreprises engagées contre le sexisme ». (The Women’s Voices)
Sexisme hostile et sexisme paternaliste : deux faces d’un même système
Ces deux formes ne sont pas contradictoires. Elles se renforcent.
- Le sexisme paternaliste définit un modèle féminin “acceptable” : douce, discrète, disponible, dévouée.
- Le sexisme hostile sanctionne celles qui en sortent : autonomes, visibles, ambitieuses, puissantes.
C’est un mécanisme classique : une femme peut être valorisée tant qu’elle reste dans un rôle attendu… puis brutalement attaquée dès qu’elle revendique une place égale.
Ce phénomène éclaire aussi un constat important dans le débat public : les femmes se disent plus féministes, tandis que certains hommes basculent vers des discours masculinistes, notamment chez les jeunes générations.
« Des femmes plus féministes, des hommes plus masculinistes, selon le HCE ». (The Women’s Voices)
Sexisme ordinaire : la banalisation quotidienne des inégalités
Entre sexisme hostile et sexisme paternaliste, le sexisme ordinaire est le carburant silencieux.
Il se manifeste par :
- des remarques sur l’apparence,
- des blagues et sous-entendus,
- des doutes permanents sur la compétence,
- des interruptions répétées,
- une invisibilisation des femmes expertes.
Au travail, ce sexisme est souvent toléré comme “anodin”, alors qu’il structure des inégalités très concrètes.
Du sexisme ordinaire aux violences : un continuum qui ne peut plus être minimisé
Le sexisme hostile est la forme la plus bruyante, mais le sexisme paternaliste est souvent la forme la plus “installée”.
Et lorsque les stéréotypes se répètent, la société finit par banaliser des réalités beaucoup plus graves : harcèlement, agressions, violences sexuelles.
« Violences sexuelles : le HCE dénonce un système défaillant et une impunité face aux viols ». (The Women’s Voices)
« Violences conjugales : plus de trois femmes victimes de féminicide ou tentative chaque jour en France ». (The Women’s Voices)
Conclusion : identifier ces deux sexismes pour mieux les combattre
Le rapport 2026 du HCE met en évidence une réalité essentielle : le sexisme ne se limite pas à la haine ouverte. Il s’installe aussi dans la norme.
- Le sexisme hostile attaque et disqualifie.
- Le sexisme paternaliste protège pour mieux assigner.
Les deux conduisent à la même conséquence : réduire la liberté des femmes, limiter leur autonomie, et maintenir une hiérarchie.
Les nommer clairement, c’est déjà reprendre une part du pouvoir : celui de ne plus laisser passer ce qui, trop souvent, est encore présenté comme “normal”.
