The Women’s Voices reçoit Alicia Combaz, cofondatrice de Make.org

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Cynthia
Cynthia
Fondatrice de THE WOMEN'S VOICES et CHARI-T Media.

Alicia Combaz est cofondatrice avec Axel Dauchez de Make.org, elle évoque dans cet entretien avec Cynthia Illouz, fondatrice de The Women’s Voices la démocratie participative, et notamment comment les citoyens, les femmes, peuvent s’approprier cette forme d’action pour faire entendre leurs voix.

Make.org est une civic tech, c’est à dire une plateforme qui permet aux citoyens de s’exprimer sur des problématiques précises de société, puis grâce à vos partenaires, vous transformez les 3/4 des propositions les plus plébiscitées en actions réelles. Make.org a remporté plusieurs prix dans la Tech for Good par exemple, le talents awards For Democracy.

Il y a une désaffection de la mobilisation électorale : est-ce que le grand public a bien pris la mesure de cet outil que vous leur proposez ?

Il y a vraiment une indifférence électorale, qu’on a observée ces derniers jours, avec un taux d’abstention record. Je pense que ce que l’on propose peut être une réponse. Aujourd’hui, on voit que le vote n’est plus un outil démocratique que les citoyennes et citoyens veulent réellement utiliser, en tout cas dans le cadre des Régionales et Départementales.
Il est important d’avoir des relais d’outils démocratiques, pour faire en sorte que le lien entre nos élus et les citoyens ne soit pas totalement coupé. Dans ce cadre-là, la démocratie participative peut vraiment faire en sorte que l’on remette au cœur du débat public la parole des citoyennes et des citoyens, de façon à recréer du lien avec les institutions. C’est ce dont ont envie les citoyens et citoyennes aujourd’hui, et c’est ce qu’ils nous ont dit à travers cette abstention.
Le débat autour des Régionales était centré sur des alliances politiques, et sur le passage à l’élection présidentielle.
Les citoyens et citoyennes veulent parler de leurs causes, du quotidien, des transports, du féminisme, de mobilisation… parler de ce qu’il se passe autour de chez eux. Voilà pourquoi il y a eu une indifférence électorale, et qu’ils n’ont pas voulu rentrer dans ce jeu politique.
On voit par ailleurs un engagement très fort lorsqu’on lance des consultations citoyennes sur des sujets qui les touchent.

Quelles sont les consultations citoyennes qui ont le plus mobilisé, et sur des thèmes en particulier ?

Toutes les questions qu’on pose aujourd’hui mobilisent beaucoup: comment agir ensemble pour l’environnement ? comment mieux manger ? comment donner une chance à chaque jeune ? et une vraie place aux personnes handicapées? Le rôle de la démocratie participative est d’aller chercher les gens qui ont un intérêt sur le sujet. On va sur les réseaux sociaux chercher ces citoyens et citoyennes pour les faire s’exprimer. Et quand on pose la bonne question, ils participent.

Quel est le profil de vos répondants ? Des jeunes, des citadins, des femmes ?

C’est une très bonne question, on a aujourd’hui certaines consultations où l’on voit des répondants plus naturels. Par exemple sur le sujet des ainés, on a vu que naturellement les femmes venaient répondre plus fortement. Cela révèle ce qu’on a pu voir durant la crise sanitaire : le sujet du soin est vraiment porté aujourd’hui en France par les femmes.
Lorsqu’une population est plus ou moins intéressée par un sujet, on va chercher, de manière la plus représentative possible, d’autres participants et participantes, de tous âges, tous genres et toutes régions, si on est sur une participation nationale. On fait en sorte d’avoir 500 000 participations à nos consultations, car c’est cela qui donne la crédibilité et la légitimité de ce qui ressort d’une consultation citoyenne. Voilà notre métier : aller chercher cette diversité, pour que ce qui ressort soit une parole citoyenne représentative de la population française.

Pouvez-vous nous donner plusieurs exemples d’actions concrètes qui ont été mises en place grâce à Make.org et à sa coalition de partenaires ?

J’ai 2 exemples. Le sujet de la lutte contre la violence faite aux femmes, qui me tient particulièrement à cœur. On a posé cette question, comment lutter contre ces violences faites aux femmes, et on a obtenu plus de 500 000 participants, car c’est un sujet de société. A partir de cette parole citoyenne, on a fait ressortir les 5 idées les plus plébiscitées. Un de ces sujets était l’accueil des femmes victimes de violences, notamment par la police nationale. Nous avons également créé une formation en ligne qui permet de former de manière exponentielle des dizaines de milliers de personnes à l’accueil de femmes victimes de violence. C’était une des premières actions que l’on a menées.
L’autre action porte sur la grande cause environnementale, où l’une des propositions les plus fréquentes concerne le fait que industriels, de la mode notamment, doivent prendre leur part de responsabilité sur le sujet du recyclage. En discutant avec eux, on a mis le doigt sur un sujet spécifique : les cintres accrochés aux vêtements qui arrivent en magasin, et qui sont directement jetés à la poubelle lors de la mise en rayon. Cela représente 85 milliards de cintres jetés mondialement. Nous sommes en train de travailler avec eux sur une filière de recyclage de ces cintres, pour donner plus de sens au cycle de mise en place des vêtements dans les magasins.

Vous avez également mené une consultation sur les médias ?

Tout à fait. Comment les médias peuvent-ils améliorer la société ? Durant les Régionales, il a d’ailleurs été demandé aux médias de creuser beaucoup plus les sujets, et d’être moins dans la polémique ou dans le média d’audience. Le lien que je fais aujourd’hui, est que les citoyens dans la campagne des Régionales ont reproché aux médias de jouer le jeu des politiques : quelles sont les alliances ? qui va être le prochain candidat à la présidence de la République parmi les candidats des Régionales ? Je crois que l’on attend des médias qu’ils parlent aussi des problématiques territoriales, de ce qu’il se passe autour de chez nous, des causes plutôt que des idéologies politiques. Les médias ont un rôle très important dans ce sujet de démocratie.

Régulièrement vous impliquez également des institutions, comment se fait la collaboration avec elles ?

Il y a 2 manières de travailler avec les institutions. Premièrement, on leur présente chacun de nos plans d’action de la société civile. A l’issue de chaque consultation on a un plan d’action est celui de la société civile, construit avec les citoyens, les médias, les associations. On le présente également au gouvernement et au Premier ministre, pour voir dans quelle mesure ils peuvent accélérer ces actions. Il y a un premier niveau d’information, et un deuxième, de collaboration.
Il y a une autre manière de travailler avec les institutions, c’est ce processus de consultation citoyenne. On le met à disposition des villes, des régions, des ministères, pour qu’ils consultent la population sur des sujets d’intérêt général, et que l’on ait réellement des politiques de conduite participatives. C’est un des rôles de la démocratie participative, qui peut réellement aider la démocratie représentative, à partir du moment où l’on remet la parole citoyenne au cœur du débat public, et que l’on construit des politiques publiques avec les citoyens dans des cycles participatifs autour de sujets qui ont du sens pour eux. Je crois que l’on va dans la bonne direction pour recréer du lien entre nos citoyens et les institutions, et pourquoi pas faire baisser ce niveau d’abstention.

Vous travaillez également avec de nombreuses associations, via make.org fondation. Comment cela fonctionne ?

C’est un élément clé de l’histoire de Make.org. Notre objectif est de créer de l’impact. On a en France un tissu associatif incroyable avec des acteurs de terrain qui sont experts du sujet. Lorsqu’on lance des grandes causes, on n’a pas cette crédibilité, cette expertise et cette légitimité qu’ont les associations qui sont sur le terrain depuis 20 ou 30 ans. C’est un partenaire essentiel pour coconstruire ces plans d’action citoyens. Notre rôle est aussi d’apporter notre brique à l’édifice, les soutenir, et financer une partie des actions qu’elles mènent, qui sont en adéquation avec la parole citoyenne. C’est vraiment une relation positive, avec cette même envie d’agir efficacement et d’avoir de l’impact.

Il y a notamment une action sur les violences faites aux femmes, mise en avant grâce à votre consultation et transformée par vos partenaires économiques, qui est désormais portée par une association…

Tout à fait. Cette action, Mémo de Vie, est un journal qui permet à une femme victime de noter son parcours de violences, avec on l’espère une prise de conscience, et peut-être de ce fait un chemin vers la plainte. Et cette application peut-être une preuve apportée à son dossier juridique.
On a travaillé avec une association qui s’appelle France Victimes, experte sur ce sujet, à la fois pour construire cette application et qu’elle soit la plus pertinente possible, et qu’on puisse la distribuer aux femmes de la manière la plus large possible. Aujourd’hui France Victimes fait vivre cette action de façon totalement autonome.

Vous portez une grande cause autour de l’avenir des jeunes, où en êtes-vous de cette consultation ?

Nous en sommes à la dernière année de mise en œuvre. Pour chaque grande cause on se donne 3 ans pour mettre en œuvre le plan d’action de la société civile. Ce plan d’action va se dérouler sur 2022 avec pour objectif de poursuivre la mobilisation sur le sujet des jeunes, et de relancer une consultation citoyenne avec un angle un peu différent. De nombreux sujets sont ressortis autour du mentorat. Nous travaillons sur une plateforme qui permet de mettre en relation des mentors avec leurs élèves, de manière beaucoup plus légère que ce qui existe déjà. On invente le « mentorat express », qui va permettre de faire passer, on l’espère, une première étape de chaque côté : potentiellement les mentors ou les élèves vont se lancer dans des mentors un petit peu plus longs.
Il y a eu aussi beaucoup de sujets autour de l’engagement des jeunes, comment il peut être valorisé dans un parcours professionnel. On aimerait créer un passeport de l’engagement, qui recense toutes les actions bénévoles faites par les jeunes.

Quelles sont les grandes causes où l’on pourra s’exprimer à l’avenir, chez vous ?

Il y a deux sujets que je peux mettre en valeur aujourd’hui. D’abord, la violence faite aux femmes, sur laquelle on continue la mobilisation en ciblant les inégalités subies par les femmes.
Et puis dans le cadre de la présidentielle, nous allons lancer à partir de septembre la plus grande consultation jamais menée sur cette thématique électorale, avec un groupement de partenaires – des médias notamment – de façon à ce que la parole citoyenne se retrouve au cœur du débat public, et à ce que les débats entre citoyens et candidat(e)s soient véritablement axés sur les priorités citoyennes…ce qui incite potentiellement à entrer dans le jeu politique et à aller voter.

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