“Didier, moi et les autres… Les enfants du silence” : un documentaire essentiel pour briser le tabou des violences sexuelles sur les garçons

AccueilCulture“Didier, moi et les autres… Les enfants du silence” : un documentaire...

Avec Didier, moi et les autres… Les enfants du silence, le documentaire de Nicolas Bourgoin s’attaque à l’un des angles morts les plus persistants de la lutte contre les violences sexuelles : la parole des garçons et des hommes victimes durant l’enfance. Longtemps invisibilisée, cette réalité peine encore à être reconnue dans l’espace public, écrasée par des stéréotypes de genre et une conception toxique de la virilité.

Ce film de 52 minutes donne la parole à quatre hommes, dont le réalisateur lui-même, qui racontent les violences subies, les mécanismes de silence, et surtout le long chemin vers la reconstruction. Sans sensationnalisme ni voyeurisme, le documentaire s’inscrit dans une démarche de transmission et de réparation.

Des récits intimes pour dire le silence collectif

Le film suit plusieurs trajectoires singulières. Celle de Didier, dont le passé resurgit autour d’un moniteur de colonie. Celle d’Arnaud Gallais , marqué durablement dans son rapport au corps et aux autres. Celle d’Adrien Borne, qui tente de vivre avec une mémoire fragmentée, faite de flashs et de trous noirs.

Ces récits dessinent une réalité commune : le silence n’est pas un choix, mais une impératif de survie imposé. Honte, peur de ne pas être cru, crainte d’être stigmatisé ou moqué — autant de freins qui expliquent pourquoi tant d’hommes parlent des décennies plus tard, quand ils parlent.

Violences sexuelles et masculinité : un tabou spécifique

L’un des apports majeurs du documentaire est de déconstruire un mythe : celui d’une masculinité invulnérable. Les garçons victimes se heurtent à une double peine. D’abord la violence elle-même. Ensuite, l’impossibilité sociale d’être reconnus comme victimes légitimes.

Le film montre comment les normes de genre — “un homme doit être fort”, “un garçon ne peut pas être victime” — retardent la révélation, aggravent les traumatismes et entravent l’accès aux soins, à la justice et à la reconnaissance institutionnelle.

Une parole politique, au-delà de l’intime

En donnant à voir ces parcours, Didier, moi et les autres… Les enfants du silence dépasse largement le cadre individuel. Il pose une question collective : que fait la société de ces violences quand elles ne correspondent pas aux représentations dominantes ?

Le documentaire s’inscrit dans un contexte plus large de libération de la parole, mais rappelle que toutes les victimes n’ont pas bénéficié de la même écoute. Il invite à repenser les politiques publiques, la prévention, l’accompagnement psychologique et la formation des professionnel·les, en incluant pleinement les garçons et les hommes.

Une diffusion engagée et un film d’utilité publique

Diffusé sur LCP – Assemblée nationale, dans le cadre du format Débatdoc, le film a une utilité sociale. Cette diffusion n’est pas anodine : elle place la question des violences sexuelles subies par les garçons au cœur du débat citoyen, là où se construisent les lois et les politiques publiques.

Le documentaire est également utilisé comme outil pédagogique dans des contextes associatifs, éducatifs et institutionnels, afin de favoriser la prise de conscience et l’écoute des victimes.

Écouter ces hommes, ce n’est pas détourner l’attention des violences faites aux femmes. C’est compléter le tableau.

Production : Patrick Spica Productions (Coproduction : LCP – Assemblée nationale) avec le soutien du Fonds Kitsugi, créé par Laurent Bloch et Vahina Giocante.

Découvrez aussi