Le secteur aérien, longtemps dominé par les hommes, connaît aujourd’hui une évolution mais réelle. Les chiffres, les politiques mises en place et les parcours individuels convergent vers une même réalité : la féminisation est engagée, et elle s’inscrit désormais dans une dynamique durable.
Une stratégie claire pour accélérer
Chez Air France, les femmes représentent près de la moitié des effectifs. Cette quasi-parité globale constitue un socle important, mais elle ne reflète pas encore la réalité de tous les métiers. Dans les fonctions techniques, les écarts persistent : les femmes ne représentent qu’environ 10 % des pilotes et 17 % des effectifs dans la maintenance. Ces chiffres restent faibles, mais leur progression est notable, puisqu’ils ont doublé en quelques années.
Cette évolution s’appuie sur une stratégie structurée, comme l’a rappelé Florence Estra, directrice de la Communication interne d’Air France. L’entreprise a mis en place des dispositifs précis pour accompagner les trajectoires féminines, avec des programmes de mentoring, de coaching et des dispositifs internes visant à identifier et promouvoir les talents féminins. Des accords d’égalité professionnelle encadrent également ces engagements, en intégrant des objectifs liés à la rémunération et à la lutte contre le sexisme.
Mais l’un des leviers les plus déterminants se situe en amont. Air France intervient directement auprès des jeunes filles, en partenariat avec des associations comme Elles bougent et Aérométiers, afin de déconstruire les stéréotypes liés aux métiers scientifiques et techniques. L’enjeu est clair : élargir le vivier de candidates en agissant dès l’orientation scolaire.
Une gouvernance féminisée au sommet
Cette évolution se retrouve également au sommet des organisations. Au sein du groupe Air France-KLM, la gouvernance reflète cette transformation. Air France est dirigée par Anne Rigail, KLM par Marjan Rintel, tandis que Florence Parly préside le conseil d’administration. Comme l’a souligné Estelle Denize, Vice-Présidente Communication Corporate du groupe, cette configuration traduit une volonté d’inscrire l’égalité dans la durée, y compris au plus haut niveau.
Des rôles modèles qui changent la donne
Dans ce contexte, les parcours individuels jouent un rôle clé. Celui de la commandante de bord Cécile Bourlier illustre cette transformation. Entrée chez Air France en 1991 comme hôtesse de l’air, sans formation scientifique ni ressources financières disponibles, elle a construit seule son parcours de pilote en finançant progressivement sa formation. Son témoignage remet en cause une idée reçue persistante : le métier de pilote, souvent perçu comme inaccessible, repose davantage sur des compétences techniques que sur un niveau académique en mathématiques. Cette réalité ouvre des perspectives nouvelles pour de nombreuses jeunes femmes.

Un symbole fort : des femmes aux commandes vers l’ONU
La dynamique s’est également incarnée de manière symbolique à l’occasion de la Commission de la Condition de la Femme (CSW70) aux Nations Unies. Dans le cadre d’un partenariat avec The Women’s Voices, Air France a organisé un vol vers New York transportant une partie de la délégation française, en présence de Aurore Bergé, ministre chargée de l’Égalité entre les femmes et les hommes. Aux commandes de cet appareil, deux femmes pilotes, la commandante Cécile Bourlier et l’officier pilote Laura Beaudru Tafanelli. Ce choix matérialise la place croissante des femmes dans ces métiers et leur rôle dans la promotion des droits des femmes à l’échelle internationale.
La trajectoire est désormais engagée. Les indicateurs montrent des progrès, les politiques d’entreprise se structurent et les rôles modèles se multiplient. Si les déséquilibres persistent, notamment dans les métiers techniques, la dynamique actuelle témoigne d’un changement profond.
