Dans les débats sur l’égalité professionnelle, l’âge est souvent traité comme un critère secondaire. Pourtant, les discriminations liées à l’âge — l’âgisme — restent un obstacle majeur à l’accès à l’emploi, à la progression de carrière et à la stabilité professionnelle. De plus en plus de travaux montrent que ces discriminations ne frappent pas toute la population de manière égale : les femmes, qu’elles soient jeunes ou seniors, en subissent davantage les effets.
Une discrimination d’âge omniprésente
L’âge : un critère central de discrimination
Selon le 17e baromètre des discriminations dans l’emploi, 42 % des personnes discriminées lors d’une recherche d’emploi citent l’âge comme le principal motif de discrimination, plus souvent que pour tout autre critère (origine, sexe, handicap, etc.). (Défenseur des Droits)
Cette discrimination se manifeste autant à l’embauche que dans le déroulement de carrière :
- 32 % des actifs de 18 à 29 ans déclarent avoir connu des discriminations liées à l’âge dans leur carrière,
- contre 23 % des 50-64 ans.
Un impact différencié selon le genre : les femmes plus exposées
Distorsions structurelles dans l’emploi
Les statistiques françaises confirment une réalité persistante : les femmes en emploi déclarent davantage avoir subi des discriminations (11,3 %) que les hommes (7,0 %). (Insee)
Ces discriminations peuvent se manifester sur la base de plusieurs motifs — dont l’âge — mais elles s’ajoutent souvent à d’autres formes d’inégalités, comme le sexisme ou les interruptions de carrière liées aux responsabilités familiales.
Les seniors femmes plus exposées
L’écart entre hommes et femmes s’accentue avec l’âge :
- Chez les 55-64 ans, seulement environ 57,2 % des femmes sont en emploi, un taux inférieur à celui des hommes du même âge (environ 59,7 %). (À Compétence Égale)
- Les femmes seniors subissent également plus de chômage de longue durée que leurs homologues masculins, et nombre d’entre elles sont poussées vers des emplois précaires ou du temps partiel faute d’alternatives. (juridique.defenseurdesdroits.fr)
Ce déséquilibre ne se limite pas à l’emploi actif : il influence aussi la sécurisation des droits à la retraite, accentuant les risques de précarité financière à la retraite. (Fondation des Femmes)
Les jeunes femmes : déjà confrontées à l’âgisme
Loin d’être l’apanage des seniors, l’âgisme touche également les jeunes femmes :
- Dans certaines enquêtes, plus de la moitié des jeunes disent avoir fait l’objet de remarques liées à leur âge en entretien. (Défenseur des Droits)
- Les jeunes femmes déclarent plus souvent que les hommes faire face à des commentaires dévalorisants liés à leur âge, ce qui entrave leur légitimité perçue dès les premières étapes de carrière.
Causes structurelles du cumul discriminatoire chez les femmes
Carrières hachées et interruptions
Les femmes ont plus de chances que les hommes d’avoir une carrière non linéaire : maternité, congés parentaux, soins à des proches âgés ou malades, etc. Ces interruptions pèsent sur :
- la continuité de l’emploi,
- l’accès aux promotions,
- l’accumulation des compétences valorisables,
- les perspectives de salaires plus élevés. (Ministère de l’Égalité)
En conséquence, les femmes sont plus exposées au temps partiel subi, aux contrats précaires et aux transitions professionnelles forcées, ce qui peut masquer des discriminations d’âge derrière d’autres motifs apparents.
Pourquoi l’âgisme coûte cher — économiquement et socialement ?
Un frein au marché du travail
L’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE) alerte que les attitudes négatives envers les travailleurs âgés freinent l’intégration des seniors dans le marché du travail, malgré des politiques publiques favorables. (OECD)
En outre, l’OCDE note que les femmes, les jeunes et les travailleurs aux revenus modestes sont les plus susceptibles de signaler des discriminations, ce qui confirme que l’âge se combine à d’autres facteurs pour aggraver les inégalités. (OECD)
Témoignages : quand l’âge devient un frein invisible
Au-delà des chiffres, des témoignages recueillis en France pointent des parcours professionnels brisés ou ralentis après 50 ans, notamment :
- femmes licenciées après une maladie ou un arrêt longue maladie,
- cadres mises à l’écart lors de restructurations,
- recrutement refusé ou propositions salariales déconnectées de l’expérience.
Ces récits illustrent le double fardeau de genre et d’âge, souvent qualifié de « double discrimination » par les spécialistes du marché du travail.
Vers une approche globale des discriminations
L’âgisme ne doit pas être traité comme un phénomène isolé. Les données démontrent que :
✔️ Les femmes sont dans l’ensemble plus exposées que les hommes à des discriminations en emploi. (Insee)
✔️ L’âge agit comme un multiplicateur de risques, en particulier pour les femmes ayant connu des interruptions de carrière ou des statuts précaires. (Ministère de l’Égalité)
✔️ Les jeunes femmes et les femmes seniors souffrent de formes différentes mais tout aussi dommageables d’exclusion professionnelle. (Défenseur des Droits)
Pour réduire ces inégalités, il est essentiel d’adopter des politiques publiques et des pratiques d’entreprise qui prennent en compte l’intersection entre le genre et l’âge, tout en renforçant les dispositifs de lutte contre les discriminations.
