Le syndrome de l’imposteur : une angoisse très présente chez les françaises

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Le syndrome de l’imposteur est un mal professionnel qui touche de nombreuses femmes. Dans ses manifestations les plus extrêmes, il peut gâcher des carrières ou des vies. Il provoque une éternelle remise en question, toxique car poussée à l’extrême.

Un syndrome difficile à vivre

Théorisé à la fin des années 1970 par deux psychologues américains, le syndrome de l’imposteur est largement répandu. Pourtant, il ne fait pas parti du DSM, le Manuel des statistiques des troubles mentaux. On constate que ce syndrome touche beaucoup plus les femmes que les hommes.

Anne de Montarlot et Elisabeth Cadoche ont publié l’ouvrage « Syndrome d’imposture » qui traite du sujet. Elle rapporte, en s’appuyant sur une étude publiée en 2018 par l’Université Cornell, aux États-Unis, que les hommes surestiment leurs capacités et leurs performances quand les femmes les sous-estiment, ce qui amplifie leur syndrome de l’imposteur.

Anne de Montarlot précise qu’une femme “va plutôt s’attribuer un échec par rapport à elle-même, alors que l’homme va le considérer de façon plus exogène. Ca sera forcément la faute d’autrui. Alors qu’une femme va prendre cela beaucoup plus personnellement, rejeter la faute sur elle-même, en rejetant sur elle une culpabilité alimentée depuis toujours par une domination masculine qui a longtemps infériorisé la femme.”

Le psychothérapeute Brian Daniel Norton rapporte : “les femmes, les femmes de couleur, en particulier les femmes noires, ainsi que la communauté LGBTQ sont les plus exposés.” Il détaille : “lorsque vous subissez une oppression systémique ou que l’on vous dit directement ou indirectement toute votre vie que vous ne méritez pas ou peu de succès et que vous commencez à réaliser des choses d’une manière qui va à l’encontre de ce récit bien établi dans l’esprit, le syndrome de l’imposteur apparaîtra”.

Certains hommes sont touchés également. Le poids des stéréotypes sur l’homme fort et performant peut s’avérer lourd à porter. Ainsi pour Julien, qui souffre du syndrome explique « On s’imagine qu’on manipule tout le monde pour faire croire qu’on est très compétent ». Le jeune homme de 37 ans, surdiplômé, explique qu’à chaque diplôme il espérait que ce sentiment d’illégitimité disparaisse mais à chaque fois, il considérait avoir seulement eu « un gros coup de chance ». Tout en expliquant qu’il se sent « ridicule » devant ces sentiments, il ajoute que le problème est que cette course constante à la performance est épuisante « on va vraiment s’épuiser à la tâche pour tenter de prouver qu’on est à la hauteur » et qu’il vit constamment dans la crainte « il y a ce côté très effrayant de se dire, en fait, je suis un imposteur. Le jour où ce sera révélé ça va être quelque chose d’absolument terrible ».

Anne-Françoise Chaperon, psycothérapeute explique « Ils font ce qu’on appelle en psychologie des *attributions externes*, c’est-à-dire que leur réussite n’est jamais grâce à eux: c’est toujours la chance, le fait d’être arrivé au bon moment… Ce qui fait qu’ils ne peuvent pas capitaliser de confiance en eux ».

Le syndrome de l’imposteur n’est pas une fatalité

Il existe des solutions pour lutter contre le syndrome et les difficultés qu’il engendre. Sarah Zitouni, est une ingénieure qui en a longtemps souffert et qui est aujourd’hui coach, elle suggère de nommer la petite voix qui essaie de vous convaincre que vous n’êtes pas assez avec un surnom ridicule ou un nom d’aliment « Nommez votre syndrome. Ca vous donne la possibilité de lui dire: *écoute semoule, j’ai une grande réunion et je ne veux pas t’entendre ».

Anne de Montarlot et Elisabeth Cadoche proposent de noter ses succès, afin de se rendre compte de ce que l’on a accompli.

Anne Françoise Chaperon rappelle que si le syndrome vous gâche la vie ou que vous êtes en souffrance, une psychothérapie peut être une solution. Elle évoque les « stratégies de contrôle de l’anxiété de performance » que beaucoup mettent en place et qui rendent la vie très stressante « Plus les personnes ont des stratégies de contrôle, plus ils vont nourrir ce syndrome ». Dans ces cas, une psychothérapie aidera à « casser ce cercle vicieux ».

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