Proxénétisme : Juliet, 14 ans, raconte l’horreur

Lors d’un procès pour proxénétisme le 6 janvier 2022, l’une des victimes, Juliet, 14 ans témoigne du calvaire qu’elle a vécu.

Cérémonie initiatique macabre

C’est en juillet 2015, dans l’Etat d’Edo au Sud-Ouest du Nigeria que la mère de Juliet lui affirme avoir trouvé un moyen sûr de se rendre en Europe pour étudier.  La jeune Nigériane de 14 ans rapporte la tête baissée les mots de sa mère « J’ai une bonne nouvelle pour toi », lui avait annoncé celle-ci. Juliet rêvant d’étudier la médecine accepte.

Avant de partir, il faut réaliser la cérémonie du « Juju », toutes les jeunes filles présentes au procès évoquent le même rituel où on leur prend des cheveux, des ongles et même du sang menstruel avant de leur faire manger un cœur de poule. On les fait jurer allégeance au « Jujuman » et à leurs « mamas » qui sont en réalités leurs passeurs, leurs hébergeurs etc. sous peine de répercussions magiques contre elles et leur famille.  Sous l’influence de leur famille et d’autres adultes, les jeunes filles, mineurs au moment des faits croient à la version que l’on leur donne.
Une psychologue présente lors du procès ayant examiné six des jeunes filles témoigne « Elles pensent que c’est vrai, qu’elles ont un véritable lien avec le Jujuman »

La découverte de la prostitution

C’est après cette cérémonie que les filles découvrent qu’elles devront “travailler” pour rembourser les 35.000 euros que couterait leur trajet vers l’Europe.

Le trajet du Nigeria vers l’Europe se fait en passant par la Lybie, les victimes racontent l’innommable: violées, battues, deux d’entre elles perdent même la vie noyées lors de ce périple de l’horreur.

Toutes les jeunes filles disent avoir découvert la réalité du réseau une fois arrivée en France . Elles sont envoyées se prostituer au bois de Vincennes, sous peine de subir des représailles. Sur place des « mamas » leur expliquent la grille de prix qu’elles doivent appliquer et les fournissent en préservatifs.

Juliet raconte, vierge lors de son premier rapport avec un client, elle doit se prostituer quotidiennement, se louer un camion si elle a « froid pour travailler » et reçoit de « bonnes corrections » si elle ne travaille pas assez.

La jeune fille de 14 ans tombe rapidement enceinte, on lui donne de l’alcool et des médicaments avant de lui faire subir un sordide avortement clandestin, allongée sur des sacs poubelles qu’elle doit elle-même payer 700 euros.  En larmes, la jeune fille se remémore: « il y avait du sang partout… Je pensais que c’était le dernier jour de ma vie sur Terre ».

La fin du calvaire et la justice

Dans le box des accusés, Juliet reconnait la personne qui lui a fait subir l’avortement « je sais que c’est lui ! » affirme-t-elle en désignant Emmanuel Aiwanosa, un homme de 25 ans.

A ses cotés sont jugés 3 autres accusés jugés pour être proxénètes et hébergeurs dans le réseau, le couple Blessing Ubi et Dennis Brown et Omos Wiseborn accusé d’être également recruteur et transporteur au cœur du réseau.

Les 4 accusés ont été condamnés en première instance à des peines allant de 10 à 19 ans de prison.

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