Joséphine Baker, l’artiste et la résistante

Star du music-hall et icône des Années Folles, cette artiste au mille talents fut à la fois chanteuse, danseuse, actrice, meneuse de revue mais aussi une figure importante de la résistance française. Joséphine Baker se distingua aussi en utilisant sa notoriété pour lutter contre le racisme et pour l’émancipation des noirs.

Née dans le Missouri aux États-Unis en 1906, d’origine à la fois espagnole, afro -américaine et amérindienne ; la jeune Joséphine MacDonald, qui deviendra Joséphine Baker, a grandi dans une famille pauvre. La jeune femme a contribué à nourrir cette famille nombreuse en travaillant comme domestique, comme sa mère. Mariée à 13 ans, elle a continué de vivre chez sa mère et son beau-père. C’est avec son second époux, Willie Baker, qu’elle put commencer à vivre de sa passion, la danse.

LA DANSE DE BROADWAY A PARIS

Joséphine Baker fit partie d’un trio d’artistes de rue, puis à la fin d’une tournée à Philadelphie, elle s’y installa. Ambitieuse, l’adolescente de 16 ans quitta son deuxième mari pour se produire à New York dans les années 20. Elle rejoignit une troupe entièrement noire et la rencontre avec Caroline Reagan, l’épouse d’un attachée de l’ambassade américaine, fut décisive pour lancer sa carrière à Paris.

En 1925, au théâtre des Champs-Élysées, elle sut séduire son public en dansant le charleston dans un décor de savane, dans un spectacle intitulé la « revue Nègre ». Elle donna, pendant plusieurs années, au théâtre des Folies Bergères, une représentation accompagnée d’un guépard. En 1931, la chanson « « J’ai deux amours fut alors son grand succès. Elle joua ensuite dans plusieurs films, fit une tournée aux Etats-Unis avant de rentrer en France où elle épousa Jean Lion, un français juif et prit conscience de l’antisémitisme.

FIGURE DE LA RESISTANCE PENDANT LA 2e GUERRE MONDIALE

Joséphine Baker chanta pour les soldats au front lors de la seconde guerre mondiale. En septembre 1939, elle fut recruter comme agent du contre-espionnage français et assura plusieurs missions. Installée au Maroc, elle rapporta de nombreuses informations décisives de plusieurs pays du Moyen-Orient. L’artiste cacha ses messages dans des partitions musicales ou les dissimula dans ses sous-vêtements. Elle remit par exemple de micros films contenant des listes d’espions nazis aux Britanniques. Joséphine Baker fit partie ensuite des forces féminines de l’armée de l’air et débarqua à Marseille, en octobre 1944. Médaillée de la résistance française puis distinguée chevalier de la Légion d’honneur et de la Croix de guerre avec palme, Joséphine Baker fut ainsi reconnue pour son engagement dans les services secrets français de la France libre.

LA LUTTE CONTRE LE RACISME

C’est également son combat contre le racisme lui donna le statut d’héroïne contemporaine. Elle dénonça les lois ségrégationnistes et le racisme omniprésent aux Etats-Unis. Joséphine Baker affirma à plusieurs reprises que la France, contrairement aux États-Unis, est un pays où elle se sentait libre en tant que noire. C’est d’ailleurs avec la fierté de porter l’uniforme français qu’elle prit la parole lors d’un discours de Martin Luther King en 1963 lors de la Marche sur Washington pour l’emploi et la liberté. Elle s’engagea aussi auprès de la LICRA. Dans sa vie personnelle aussi, la tolérance, le respect de chacun fut au cœur de son existence puisqu’elle avait fait le choix d’adopter une tribu « arc en ciel » comme en témoigne encore aujourd’hui sa fille Marianne Bouillon-Baker, qui raconte avoir grandi en France, avec des frères et sœurs d’origines très différentes.

Engagée également à Cuba contre le racisme, elle se rapprocha de Castro à la fin des années 1960. Elle passa finalement ses dernières années à se produire en France et à régler des problèmes financiers et des dettes, recueillant la sympathie et la générosité d’autres figures célèbres comme Brigitte Bardot, Jean-Claude Brialy ou Grace de Monaco. Joséphine Baker décéda en 1975 à Paris.

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